La Chine dévoile un important remaniement de son Cabinet

Publié le 2018-03-14 à 14:29  |  French.china.org.cn

La Chine a dévoilé hier un plan de restructuration global de son Cabinet gouvernemental pour rendre le gouvernement mieux structuré, plus efficace et tourné vers les services.

Le plan de réforme institutionnelle du Conseil d'Etat, affectant des dizaines d'entités, a été soumis à la première session de la 13e Assemblée populaire nationale (APN) pour examen. S'il est adopté, ce sera la huitième restructuration du Cabinet en Chine depuis 1982.

Alors qu’il informait les députés de ce plan, le conseiller d'Etat Wang Yong a indiqué qu'après le remaniement du Cabinet, il y aurait 15 entités de moins au niveau ministériel ou vice-ministériel.

Il a ajouté que cette décision renforcerait les rôles du gouvernement dans la gestion économique, la supervision du marché, la gestion sociale, le service public, ainsi que la protection écologique et environnementale.

« Il (le remaniement) se concentre sur les besoins du développement et répond aux attentes du peuple », a affirmé M. Wang, ajoutant que le remaniement faisait partie d'un plan plus large du Parti communiste chinois (PCC) visant à réformer le Parti et les institutions étatiques.

Liu He, chef du bureau du Groupe central des affaires économiques et financières, a qualifié cette réforme de « révolutionnaire » dans une tribune signée publiée hier dans le Quotidien du Peuple.

Il a déclaré que la réforme était destinée à remanier le pouvoir et les intérêts longtemps enracinés.

« Ses effets se feront ressentir loin et profondément. Seul un grand dirigeant peut déclencher une telle réforme », a avancé Yang Weimin, adjoint de Liu He et membre de la CCPPC (Conférence consultative politique du peuple chinois), organe consultatif politique suprême du pays.

M. Yang a affirmé qu'une administration simplifiée permettrait d’éviter de nombreuses réunions de coordination entre les ministères et les agences du gouvernement.

Réduire la lourdeur de la bureaucratie est un objectif commun des gouvernements du monde entier, et la Chine n’y fait pas exception. Une réduction des effectifs du Cabinet a lieu environ tous les cinq ans depuis le début des années 1980.

Des observateurs ont pris note de cette dernière décision, indiquant qu'elle soulignait les priorités actuelles des autorités - prévention des risques, réduction de la pauvreté et contrôle de la pollution - reflétant le rôle plus important du pays sur la scène mondiale et réaffirmant l'engagement du gouvernement à mieux protéger les faibles et les vulnérables.

Parmi les grands changements prévus, la Commission de régulation bancaire chinoise et la Commission de régulation des assurances de Chine seront remplacées par une unique Commission de régulation des banques et des assurances.

Cela vise à résoudre les problèmes existants tels que des responsabilités imprécises, une réglementation croisée et une absence de supervision.

Chen Nanhuan, directeur de succursale à la Banque agricole de Chine, a déclaré qu'un régulateur unifié serait plus efficace pour prévenir les risques. « Cela empêchera que les entreprises évitent d’être supervisées, ce qui n'est pas rare avec le système actuel à deux régulateurs ».

Parallèlement, le régulateur des banques et des assurances transférera certaines tâches à la Banque populaire de Chine, signe d'un renforcement du pouvoir réglementaire de la banque centrale.

Les failles du système réglementaire doivent être réparées, les défauts corrigés, et tous les risques existants traités immédiatement, avait averti la semaine dernière Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale.

Outre la création d'un nouvel organe de régulation financière, une administration de régulation du marché d'Etat sera aussi créée, remplaçant trois agences ayant des fonctions qui se chevauchent pour renforcer entre autres la surveillance des aliments, des médicaments, ainsi que des produits de consommation et industriels.

De nouvelles entités seront créées pour mieux gérer les ressources naturelles et protéger l'environnement.

Un nouveau ministère des Ressources sera chargé de la planification globale et supervisera le développement ainsi que la protection des ressources naturelles.

Le ministère de l'Environnement écologique aura pour tâche d'élaborer et d'appliquer des politiques de protection environnementale ainsi que de surveillance écologique. Il prendra en charge le rôle de la Commission nationale pour le développement et la réforme en matière de réponse au changement climatique.

Face au défi ardu que représente la lutte contre la pollution, la Chine progresse.

Le gouvernement central a déclaré qu'il faudra davantage d'actions pour construire une « belle Chine », où le ciel est bleu, la terre est verte et l'eau est claire.

Une autre décision très suivie est la création d'une agence internationale de coopération au développement. Cette agence assumera des tâches actuellement réparties entre le ministère des Affaires étrangères et le ministère du Commerce.

Le conseiller d’Etat Wang Yong a indiqué que cette décision donnerait plus de poids à l'aide étrangère en tant que moyen clé de la diplomatie entre grandes puissances, ajoutant qu’elle améliorerait la planification stratégique et la coordination de l'aide étrangère et qu’elle servirait mieux l'organisation diplomatique globale du pays ainsi que l’initiative de « La Ceinture et la Route ».

La Chine est devenue un des premiers fournisseurs d'aide étrangère dans les pays en développement. Son aide humanitaire - allant de la nourriture, du matériel de secours en cas de catastrophe, de la machinerie aux écoles, aux maisons et aux projets d'infrastructure – a été reçue à travers l'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine.

Selon un livre blanc du gouvernement publié en décembre 2016, la Chine a fourni environ 400 milliards de yuans (63 milliards de dollars) d'aide au développement à 166 pays et organisations internationales au cours des six dernières décennies.

Wen Chao, un directeur du Guangdong Agribusiness Group, a déclaré que la nouvelle agence était très attendue par les entreprises participant à des projets d'aide humanitaire.

Dans une décision considérée comme visant à augmenter le charme de la culture chinoise, le Cabinet fusionnera le l'Administration nationale du tourisme avec le ministère de la Culture. M. Wang a affirmé que cela aiderait à renforcer le « soft power » et l'influence culturelle de la Chine.

La Chine envisage également de créer une administration d’Etat chargée de l'immigration relevant du ministère de la Sécurité publique.

Expliquant ce changement, Wang Yong a indiqué que le nombre d'étrangers travaillant et vivant en Chine augmentait, créant de nouvelles exigences pour l'administration et les services d'immigration.

Guangzhou est l'une des villes chinoises qui a connu un boom de migrants étrangers ces dernières années.

Liu Baochun, un agent de liaison étranger basé dans la ville, a déclaré qu'un bureau de l'immigration était plus que nécessaire pour la Chine, et que cela correspondait à son statut de deuxième plus grande économie du monde ayant de vastes échanges internationaux. « Une Chine en expansion attirera davantage d'étrangers », a-t-il déclaré.

Le bien-être du peuple sera également mieux protégé. Deux nouveaux départements ministériels seront respectivement consacrés à la santé publique et aux affaires des anciens combattants.

La commission nationale de la santé aura pour objectif d'offrir des services de santé complets tout au long de la vie, tandis que le ministère des Anciens combattants élaborera et appliquera des politiques concernant le personnel militaire démobilisé, traitant notamment de leur retour à la vie active et de leur formation.

En outre, le Cabinet mettra en place une nouvelle administration d'Etat sur l'assurance médicale afin d’assurer que les fonds d'assurance médicale soient sûrs, contrôlables et utilisés de manière raisonnable, dans le but de préserver l'accès du public aux services médicaux.

Zhang Zhanbin, professeur à l'Académie chinoise de la gouvernance, a déclaré qu'avec la réforme institutionnelle du Cabinet, la Chine fera un pas en avant vers la modernisation de la gouvernance d'Etat.

« La réforme soutient une approche centrée sur les personnes et aide le marché à jouer un rôle décisif », a affirmé M. Zhang. « Mais ce n'est pas une solution finale. Il y aura encore beaucoup de travail à effectuer ».

(Rédactrice: Caroline)