Chopel : héritier de l'artisanat tibétain « sculpture sur bois de Polo »

Publié le 2020-08-31 à 10:59  |  China Tibet Online

Éloigné et caché dans les vallées montagneuses de l'est du Tibet, le canton de Polo est connu comme la « ville de sculpture sur bois ». Selon des documents historiques, l'impression sur bois de Guze de Polo date de 1676, considéré comme le « père » de l'impression sur bois du Tibet. Depuis plus de 300 ans, cette « technique ancienne de sculpture sur bois » est transmise sans interruption au canton de Polo.

En 2008, l'artisanat est inclus sur la Liste du patrimoine culturel immatériel national de Chine.

En tant que maître des apprentis, Chopel, un homme du Kham âgé de 57 ans, fait preuve d'une rigueur pour la sculpture, exigeant ainsi de ses apprentis d'atteindre l'excellence pour chaque œuvre qu'ils ont entre les mains.

« Ce que nous faisont maintenant est pour un marché conclu entre notre canton et le comté de Baiyu de la province du Sichuan (sud-ouest de la Chine). Cela prendra 10 ans pour achever cette mission contractuelle, et ce avec plus de 60 personnes engagées. » déclare Chopel.

A l'âge de 12 ans, Chopel s'est mis à apprendre la sculpture sur bois sous l'influence de son père. 4 ans plus tard, il a pu maîtriser déjà les techniques de sculptures de texte bouddhique, de calligraphie et de statue de bouddhas, voir avoir ses propres apprentis. Il jouit d'une bonne réputation dans sa ville.

Encore plus tard, Chopel est entré, avec son père, dans la célèbre Imprimerie de Gergué au Sichuan pour perfectionner sa maîtrise. « Dans les années 1980, j'ai pu gagner 200 yuans (24 euros) chaque mois en exerçant le travail de sculpture et l'enseignement. » dit Chopel.

Au bout de 3 ans de travail dans l'Imprimerie de Dergué, retourner dans la ville natale vient à l'idée de Chopel. « Bien que j'avais de l'argent, les villageois de ma ville vivaient toujours dans la misère. Je voulais revenir leur transmettre cette technique de sculpture, ce qui leur permettrait de s'enrichir avec moi. »

De son retour à Polo, Chopel a accepté 12 villageois comme disciples. « Apprendre la sculpture chez moi n'est pas payé. Nous vivons comme une famille et les repas sont gratuits, car mon idée initiale est simplement de transmettre cet artisanat de sculpture sur bois. »

De plus en plus de villageois locaux sont mobilisés, grâce à la promotion de Chopel, pour apprendre la sculpture. La ville, dotée d'une longue histoire de sculpture, retrouve sa pleine vivacité d'artisanat.

Dans le village de Baizhuo, la famille de Padma Jiacun de 6 membres n'avait pour revenu annuel qu'environ 10 000 yuans (1 220 euros). En 2016, le foyer a été identifié comme ménage pauvre. L'année suivante, Padma Jiacun a décidé de déposer son fouet et sa houe et a suivi le maître Chopel pour apprendre la sculpture. 3 ans plus tard, ses techniques parviennent à l'excellence, pouvant assurer 7 planches de gravure en un mois. Son revenu mensuel de 5 000 yuans (610 euros) permet à sa famille de vivre beaucoup plus confortablement. Ils ont pu acheter une voiture en dépensant plus de 100 000 yuans (12 200 euros).

« Ce n'est pas facile d'avoir réussi à transmettre cette technique traditionnelle. Mais il y a encore des jeunes qui ont envie de l'apprendre et des personnes pauvres qui sortent de la misère avec la maîtrise de la sculpture sur bois. Pour tout ça, j'en suis vraiment fier. » dit Chopel.

En 2018, Chopel a été honoré par l'État avec le titre d'héritier national de la « technique de l'impression au bois de Guze de Polo ». Avec le soutien de fonds de lutte contre la pauvreté du gouvernement, la canton de Polo a construit une base de sculpture sur bois couvrant une superficie d'environ 1 400 mètres carrées et a lancé la société Gyamda Country Polo Village Musong Ethnic Handicraft Art Co., Ltd. L'entreprise a créé de l'emploi pour d'autres 29 ménages pauvres locaux.

Chez Chopel, ils ont un « trésor familial ». Il s'agit d'une planche de bois noirci d'une longueur d'environ 30 cm et d'une largeur d'environ 15 cm, sculptée avec le mantra du bouddhisme « Om maṇi padme hūm ».

« Cette planche a une histoire de 300 ans. Elle fut sculptée par le créateur de la sculpture de Polo, Gunglha Loje. » Chopel exprime avec plein d'espoir, « j'espère que la sculpture de Polo pourra être transmise à perpétuité, comme cette planche, et se renouvellera avec le temps. »

(Rédactrice : Claire SHENG)