Mont Erlang, le quasi-insurmontable

Publié le 2019-05-08 à 14:19  |  China Tibet Online

[NDLR] Dans les premiers jours qui ont suivi la fondation de la République populaire de Chine, le gouvernement central a décidé de libérer le Tibet, la dix-huitième armée de l'Armée populaire de Libération (APL) s'est vu confier la grande partie de cette mission importante.

Interview de Hu Jin'an, directeur adjoint du Département de la culture régionale du Tibet

Hu Jin'an dans son jeune âge

La dix-huitième armée en marche sur le plateau tibétain

Achat des approvisionnements

"Au début, je n'étais pas capable de marcher sur le mont Erlang alors je tenais la queue d'un cheval pour qu'il me tire vers l'avant. Plus tard, le commandant m'a critiqué en disant : 'Vous ne pouvez pas marcher derrière un cheval en tirant sa queue. Alors j'ai arrêté de faire ça." Le souvenir est encore frais pour Hu Jin'an, soldat du 157e régiment de 53 divisions de la 18e armée. Il y a 69 ans, Hu Jin'an,  maintenant âgé de 87 ans, a suivi le Parti communiste de Chine afin de libérer la dernière parcelle de terre du pays.

Pendant la marche, Wang Qimei, commissaire politique adjoint de la dix-huitième armée, a également élevé l'esprit des soldats de l'armée. Il a dit : "Ce voyage au Tibet sera certainement difficile. Pourtant, par rapport à la marche de 25 000 miles de l'Armée rouge, notre mission est beaucoup plus facile. Prenons cette tâche comme une deuxième Longue Marche. Nous devons garder à l'esprit que notre mission ne s'arrête pas à la libération du Tibet. Nous devons également nous préparer à un séjour prolongé au Tibet pour lui bâtir un bel avenir."

Hu Jin'an a déclaré : "À l'époque, je me suis porté volontaire pour aller au Tibet, et je m'étais préparé aux difficultés que cela signifiait. Ce n'était pas plus que ce que je pouvais affronter."

Le climat du mont Erlang est assez étrange et imprévisible. "Si l'alternance des saisons n'est pas très claire, on passe de l'été à l'hiver d'un seul coup. Un jour, on a découvert que l'équipe de cuisine avait disparu après une tempête de neige. Il s'est avéré que la neige avait recouvert la tente lorsque toute l'équipe de cuisine dormait à l'intérieur. Ils ont retrouvé la tente et les ont déterrés." Quand les soldats devenaient ne voyaient plus à cause la neige et ne pouvaient pas ouvrir les yeux, ils marchaient les uns derrière les autres en s'accrochant au sac à dos devant eux. “La descente de la montagne est assez glissante. Un jour, j'ai trébuché et glissé jusqu'à la limite d'une falaise. Dès que j'ai vu le bord de la falaise, j'ai essayé de me tourner sur le côté et j'ai réussi. Sans ça, je serais mort en tombant de la falaise". Même après toutes ces années, Hu Jin'an n'en reviens toujours pas d'avoir vu la mort de si près.

"La chose la plus difficile lorsque nous marchions était le manque d'oxygène sur le plateau." À l'époque, la dix-huitième armée avait une connaissance limitée du Tibet et n'avait pas conscience du concept d'hypoxie. Pour "traiter" cette "maladie", les soldats prenaient de la quinine, mais cette dernière n'a aucun effet sur le traitement de l'hypoxie à haute altitude. Au contraire, en raison d'une dose excessive de quinine, le corps des soldats est devenu jaunâtre.

Les soldats de Hu Jin'an portaient chacun 60 kilos sur leur dos, dont 10 kilos de grain sec, un manteau en cuir, des tentes tibétaines, deux paires de chaussures en caoutchouc, des couvertures, des coquillages, etc. "Au début, je n'étais pas capable de marcher sur le mont Erlang alors je tenais la queue d'un cheval pour qu'il me tire vers l'avant". Avant de gravir la montagne, il fallait passer par une rivière. Il a donc enlevé ses chaussures et ses chaussettes pour ne pas les mouiller. Les pierres de la rivière étaient recouvertes de mousse, donc très glissantes. Sans faire attention, il s'est coupé profondément sous le pied. Le médecin l'a simplement enveloppé de tissu et il s'est efforcé de marcher, malgré la douleur. "Parce que je n'étais pas capable de marcher normalement, je tenais la queue du cheval." Hu Jin'an n'avait alors que 17 ans. Pour les soldats qui entraient au Tibet, les animaux étaient le seul compagnon sur lequel ils pouvaient compter. Sur des milliers de kilomètres de trajet, le fardeau matériel pesaient lourdement sur les animaux. Après avoir été réprimandé par les dirigeants, Hu Jin'an a compris que les animaux n'avaient pas la vie facile non plus. "J'ai arrêté de tenir la queue du cheval après ça", a dit Hu Jin'an.

"Libérer le Tibet sans dépendre des dispositions locales" était une instruction importante avancée par Mao Zedong. Le matériel nécessaire aux unités entrant au Tibet provenait des autres régions du pays. Au début de l'entrée de l'armée au Tibet, le commandant Zhu De écrivit au chef du Régiment militaire du Sud-Ouest au début du mois de février 1950, soulignant que "lors de son entrée au Tibet, l'approvisionnement en nourriture de base constituait une difficulté majeure, mais le bœuf et le mouton locaux sont disponibles comme principale source alimentaire et le beurre et l'orge comme aliments supplémentaires". Le commandant en chef Zhu a souligné en particulier que "le bétail devrait être acheté pour le transport des céréales. Le bétail suivra l'armée et le bœuf pourra remplacer les graines lorsqu'elles seront consommées. Une première expérience de l'Armée Rouge dans le Nord serait d'une grande aide."

"Quand la nourriture ne sera pas disponible, nous mangerons la végétation sauvage. Mais la végétation sauvage peut être toxique et pas toujours sûre, de sorte que nous pourrions nous intoxiquer, comme ce qui s'est passé avec un bataillon. Les soldats de ce bataillon ont été empoisonnés et ont dû boire de l'eau savonneuse pour provoquer des vomissements, ce qui a fait sortir le poison et sauvé la vie des soldats.

(Rédactrice : Lucie ZHOU)