Liu Manqing : une femme légendaire qui a aidé à restaurer le contact direct entre le gouvernement central et le Tibet lors de la République de Chine

Publié le 2019-01-31 à 16:11  |  China Tibet Online

Le 28 décembre 2018, le séminaire sur Liu Manqing et son livre "Voyage au Kham-Tibet" a eu lieu au Centre de recherche sur la tibétologie de Chine.

1. Son enfance

Liu Manqing, connue sous le nom de Yongjin en tibétain, est née à Lhassa en 1906. Sa mère est tibétaine et son père Liu Huaxuan était secrétaire du Ministre de résidence au Tibet de la dynastie Qing. Ainsi, Liu a été profondément marquée par son enfance à Lhassa et la culture tibétaine est profondément gravée dans son esprit. En 1911, la révolution a commencé dans d'autres régions de la Chine et des conflits internes sont apparus dans l'armée Qing installée au Tibet. Les impérialistes britanniques ont saisi cette occasion pour inciter les pouvoirs locaux à organiser une armée civile pour lutter contre cette armée installée au Tibet. Lhassa a tout à coup plongé dans un chaos. La maison douillette de la famille Liu a été brûlée par le chaos. En dernier recours, la famille a dû déménager en Inde.

C’est en 1918, à l’âge de 12 ans, que Liu Manqing est revenue dans son pays d'origine avec sa famille. Son père l'a par la suite envoyée à la Première école élémentaire de Beiping (Pékin). Talentueuse et travailleuse, la petite fille de Lhassa qui ne parlait que le tibétain est devenue une élève parlant un chinois parfait et se classant parmi les meilleurs du classement de son école en tout juste 6 mois.

Sortie de l'école primaire, Liu Manqing est entrée à l'Ecole normale des femmes de Tongzhou (aujourd’hui le comté de Tongxian). Elle y a découvert la pensée de la démocratie et la liberté du Mouvement du 4 Mai (un mouvement nationaliste chinois principalement dirigé contre les prétentions de l'Empire du Japon sur la Chine, qui débute le 4 mai 1919). Elle lisait souvent des publications, telles que "Nouveaux jeunes", dans la bibliothèque de son école et a progressivement formé son idéologie : poursuivre la démocratie et la liberté. Le concept de pays et de territoire est ainsi devenu de plus en plus clair dans son esprit. En 1926, Liu est entrée dans la classe de formation d'infirmière de l'Hôpital Daoji de Beiping (maintenant le Sixième hôpital de Pékin). Lorsqu'on lui demandait pourquoi vouloir devenir infirmière, Liu répondait : “Si j'ai choisi d'être infirmière, c'est parce que le Tibet a un besoin urgent de talents en matière de santé et d'éducation”. Depuis, elle a toujours accordé une grande attention au Tibet et à la politique du gouvernement central.

2. Son initiative d'aller au Tibet et de mener deux entretiens avec le 13e Dalaï Lama à l'âge de 23 ans

Au début de la République de Chine, le 13e Dalaï Lama s’est rapproché du gouvernement central en comprenant peu à peu les ambitions des impérialistes britanniques. Au cours de l'hiver 1928, il a ainsi envoyé son représentant Lozang Palzang au mont Wutai du Shanxi à Nanjing afin de solliciter un entretien avec Tchang Kaï-chek, le chef du gouvernement national à ce moment-là. Interprète invitée par Lozang Palzang, Liu Manqing l'a accompagné à Nanjing pour rendre visite à Tchang Kaï-chek. Tchang Kaï-chek a apprécié le comportement de Liu, notamment grâce à son attitude et sa maîtrise des langues sino-tibétaines. Quelques jours plus tard, Liu Manqing, qui n'avait que 22 ans à l’époque, a été nommé greffière de première classe du gouvernement national.

En 1929, Liu Manqing, âgé de tout juste 23 ans, s’est présentée pour aller au Tibet dans le but de préserver l'intégrité territoriale et l'unité nationale de la patrie. Sa demande a été approuvée par le gouvernement national. Liu est ensuite partie du Nanjing le 15 juillet et est arrivée à Lhassa le 1er février 1930, surmontant de nombreuses perturbations pendant les six mois de voyage. A Lhassa, elle a rencontré le 13e Dalaï Lama à deux reprises, en mars et en mai de la même année.

Pendant leur premier entretien, Liu Manqing a informé le 13e Dalaï Lama sur la situation des autres régions du pays à ce moment-là. Elle a exposé le concept « cinq peuples ensemble en harmonie » et lui a transmis les préoccupations du président Tchang Kaï-chek au Tibet. En outre, Liu a exprimé l’espoir que le 13e Dalaï Lama se préoccupe de la situation générale et adopte une attitude claire sur les questions relatives à l’unité nationale et à la solidarité sino-tibétaine. Leur deuxième entretien a duré plus de quatre heures durant lesquelles le 13e Dalaï Lama a déclaré : “En effet, les britanniques ont l’intention de me tenter, mais je sais que la souveraineté ne peut être perdue…”, avant d’ajouter, “Mon plus grand espoir est la véritable unité pacifique de la Chine". Il a également déclaré que “c’est tout le territoire chinois, peu importe toi et moi” puis que “Les frères se battent à la maison, ça n’en vaut pas la peine”. Il a ensuite annoncé qu’il enverrait bientôt des représentants à Nanjing pour communiquer directement avec le gouvernement central. Il a exprimé clairement la volonté des tibétains “ni pro-britannique, ni écarté du gouvernement central” lors de la République de Chine.

A la fin de la conversation, le 13e Dalaï Lama a recommandé à Liu Manqing d’envoyer sa lettre à Tchang Kaï-chek et de retranscrire le contenu de son discours pour éviter de l’oublier. Le 7 août, Liu est retournée à Nanjing. En 1931, le livre "Voyage au Kham-Tibet" qui ressasse le voyage de Liu Manqing a été publié.

Le voyage aller-retour de Liu Manqing a duré 364 jours. Elle y a surmonté de nombreuses difficultés. Grâce à cette visite, elle a grandement contribué à éliminer les doutes du 13e Dalaï Lama auprès du gouvernement national et à rétablir des relations normales entre le gouvernement central et le gouvernement local du Tibet.

3. Visite du Tibet à deux reprises pendant la “guerre anti-japonaise” et organisation du mouvement du salut national du peuple de Kham-Tibet

Après le déclenchement de l’incident du “18 Septembre” 1931, face à l’agression japonaise, Liu Manqing s’est activement engagé dans la propagande anti-japonaise et a mobilisé les habitants de la région tibétaine à “se rendre au pays pour le sauver”. Le 7 octobre, Liu et d’autres personnes issues de Kham-Tibet à Nanjing ont lancé l’établissement du “Congrès de sauvetage du pays anti-japonais des compatriotes de Kham-Tibet à la capitale”. Konchog Dronyer et Wu Mingyuan (représentants généraux du 13e Dalaï Lama à Nanjing), Lozang Gyaltsen (directeur du bureau du 9e Panchen Erdeni à Nanjing), le Tulkou Nuona de Xikang et le Tulkou Songpeng ont assisté à la réunion. La réunion a permis d’adopter six résolutions sur la guerre anti-japonaise et de publier le “Rapport aux compatriotes nationaux” pour les appeler à prendre des mesures urgentes pour sauver la nation du péril.

Le Tibet se situe sur le plateau dans l’ouest du pays, la circulation y est extrêmement difficile, de sorte que les informations ne circulent pas. Au début de la guerre de résistance, la situation de confrontation n’était pas bien comprise par la population mais aussi par les personnes hauts placées au Tibet. Ainsi, en novembre 1937, Liu Manqing a organisé le “Groupe de propagande anti-ennemi du peuple de Kham-Tibet” et a mené une vaste campagne pour promouvoir l’engagement à la résistance dans la région de Kham-Tibet. Au cours de l’été 1938, Liu a également organisé la “Délégation du peuple de Kham-Tibet à réconforter les soldats de première ligne” avec les Tibétains Qingrang Hutuktu, Gongkar Hutuktu, Kelsang Tsering, etc. La délégation s’est rendue à Chongqing et aux principales zones militaires pour encourager et réconforter les combattants anti-japonais sur le front. A leur arrivée à Chongqing, ils ont immédiatement fait don au pays des bijoux donnés dans la région tibétaine. De retour dans la région tibétaine, ils étaient toujours actifs et se sont empressés de collecter des fonds pour la guerre anti-japonaise.

En octobre de la même année, Liu Manqing et le "Groupe de propagande anti-ennemi du peuple de Kham-Tibet" se sont de nouveau rendus au Tibet. Ils sont arrivés à Lhassa le 2 février 1939 et ont appelé tous les horizons du Tibet à soutenir les activités anti-japonaises et à y participer. Leurs activités dans la région tibétaine ont duré quatre mois. Comme la plupart des membres du groupe de propagande étaient Tibétains, ils connaissaient bien les coutumes tibétaines, sans aucune barrière nationale, religieuse ou linguistique. De plus, Liu était arrivée au Tibet en 1930, avait été reçue à deux reprises par le 13e Dalaï Lama et avait eu de nombreux contacts avec la classe supérieure. Le voyage du groupe de propagande au Tibet s’est donc déroulé sans heurts et son effet a été remarquable. Avant de quitter Lhassa, des personnes croyantes et laïques leur ont fait don de plus de 110 pulus tissés à la main et les ont chargés de confectionner des gilets militaires pour les soldats anti-japonais sur le front.

Malheureusement, cette "femme légendaire” qui portait un amour profond à sa nation et sa patrie n’a finalement pas pu voir la victoire de la guerre de résistance contre l’agression japonaise. Liu Manqing est décédée de maladie en 1942, à l’âge de 36 ans. Au cours de sa courte vie, elle a écrit une belle histoire sur le maintien de la réunification de la patrie, de l’harmonie entre les Han et le Tibet et de l’unité nationale. Tout ce qu’elle fait pour le pays et la nation sera à jamais gravé dans l’Histoire.

(Rédactrice : Lucie)