Commémorons Nyima Tashi, expert en recherche d'orge tibétaine de la Chine

Publié le 2020-11-30 à 14:47  |  China Tibet Online

Nyima Tashi, expert bien connu de la recherche sur l'orge des hautes terres en Chine et doyen de l'Académie des sciences de l'agriculture et de l'élevage de la région autonome du Tibet, nous quitte suite à un accident de voiture le 5 septembre en route pour une enquête dans la campagne à Ngari, au Tibet.

« Doyen issu d'agriculteurs » : il traite les autres comme les siens 

« En apparence, il n'a rien de différent avec un agriculteur ordinaire », a déclaré Dawa Dondrup, un grand producteur de céréales à Shigatsé. En 2013, Nyima Tashi est allé au village de Gyinkar, dans la ville de Shigatsé, pour promouvoir la nouvelle variété d'orge. Il a fait la promotion de la nouvelle variété de maison en maison et a encouragé les agriculteurs à les planter. 

« En lui parlant d'agriculture, j'ai trouvé qu'il était compétent en tout. » Dawa Dondrup en a été très surpris et a finalement choisi de croire en cette « personne tout comme en lui-même » et a essayé de planter 20 mu de la nouvelle variété cette année-là.

Nyima Tashi est né dans une famille paysanne et a grandi dans une région agricole du Tibet, il s'était engagé dans des travaux agricoles, ce qui lui a valu un amour plus profond et plus vrai pour les agriculteurs.

En 2006, Dawa Dondrup, qui n'avait jamais rencontré Nyima Tashi, a été admise à l'Université agricole de Nanjing, spécialisée en master en génétique. Il « s'est donné la liberté » d'envoyer un e-mail à Nyima Tashi, détaillant qu'il est né dans une famille paysanne et qu'il ne pouvait pas poursuivre ses études parce qu'il ne pouvait pas payer les frais de scolarité. Il ne s'attendait pas à ce que Nyima Tashi réponde sérieusement à l'e-mail : « Notre équipe de recherche sur l'orge du plateau est en cours de création et on a un besoin urgent de ce genre de professionnels. Je vous paierai les frais de scolarité, n'hésitez pas à continuer vos études. »

Grâce à son financement, Dawa Dondrup a terminé avec succès ses études et rejoint l'Académie des sciences agricoles de la région autonome du Tibet en 2009. 

Le 26 juillet est l'anniversaire de Ngawang Tsering, le fils unique de Nyima Tashi et de sa femme Lhachung. Il était en voyage d'affaires à Beijing et a reçu un message de sa femme tôt ce matin-là : « Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de notre fils. Vous pouvez vous réunir à Beijing. » 

« Le jour de mon anniversaire, je l'attendais au restaurant à côté de son hôtel. Bien que l'heure du dîner soit déjà passée, j'étais toujours très heureux », a déclaré Ngawang Tsering, et ils ont longuement parlé cette nuit-là. 

« Je ne m'attendais pas à ce que ce soit un adieu entre moi et mon père. » Ngawang Tsering ne peut retenir son chagrin. Le fils âgé de 31 ans se souvient encore des paroles que son père lui a souvent dites : « maintenant que les conditions de vie sont bonnes, il faut étudier dur et être une personne de valeur pour le pays et la société. » 

« Docteur spécialisé en orge tibétaine » : il « rédige sa thèse au champs de culture » 

L'orge des hautes terres est la principale nourriture du peuple tibétain et est connue comme « la culture qui pousse dans le ciel ». 

« Orge tibétaine 2000 » est une nouvelle variété d'orge des hautes terres produite par l'équipe de Nyima Tashi après 19 années de recherche scientifique. Il s'agit de la principale variété recommandée de la troisième génération du genre. 

En 2013, afin de promouvoir l'« Orge tibétaine 2000 », Nyima Tashi s'est rendu dans 28 principaux comtés producteurs de céréales au Tibet pour offrir des conseils techniques. En tant que scientifique en chef de l'« Orge tibétaine 2000 », Nyima Tashi s'est rendu aux comtés de Shigatsé - « grenier tibétain ». Pendant la journée, il a conduit des chercheurs scientifiques dans les champs pour expliquer les techniques scientifiques de plantation aux agriculteurs, et la nuit, il allait de maison en maison pour comprendre leurs demandes et préoccupations. 

Après négociation, plusieurs ménages grands producteurs de céréales du village de Gyinkar ont décidé de planter chacun 20 mu de l' « Orge tibétaine 2000 ». En même temps, le village de Baixue, canton de Gadong, comté de Bainang, a également essayé de planter cette nouvelle variété.

Cependant, en mai de cette année-là, la nouvelle variété ne montrait toujours aucun signe d'émergence, alors que d'autres champs plantés d'orge normale ont émergé. A ce moment-là, les agriculteurs commençaient à paniquer et se sont rassemblés devant le gouvernement du canton pour porter plainte. 

« Nous dépendons de la terre pour la nourriture. Si les semis ne poussent pas, on n'aura pas de récolte. Qui peut rester tranquille? » Dawa, un villageois du village de Baixue, se souvient encore de ce qu'il avait dit à l'époque.

Nyima Tashi, qui était loin à Lhassa, a entendu parler de cette situation et s'est immédiatement mis en route pour conduire pendant cinq heures jusqu'au canton de Gadong. Afin de dissiper les doutes des agriculteurs, il les a emmené dans les champs et a pavé la terre avec ses mains pour que les paysans puissent voir les graines qui avaient bel et bien germé, sans se soucier de la desquamation de ses doigts. Dans la soirée, Nyima Tashi a organisé une réunion avec les agriculteurs de tout le canton pour expliquer la raison de l'émergence tardive. 

« Si l'orge n'émerge pas dans une semaine, je serai responsable de toutes les pertes de tout le monde cette année ! », finit-il par une voix très écoutée. 

Effectivement, en une semaine, les semis de l'« Orge tibétaine 2000 » poussaient proprement dans les terres agricoles. Cette année-là, le rendement par mu de l'« Orge tibétaine 2000 » dans le comté de Bainang a atteint plus de 300 kg, presque le double de celui de la variété originale.

Jusqu'à présent, l'« Orge tibétaine 2000 » est la seule variété dans l'histoire de la production d'orge du haut plateau en rendement d'une variété unique dont la promotion démonstrative par an a passé un million de mu (soit plus de 66 000 hectares), ce qui a apporté des contributions exceptionnelles à la production totale d'orge des hautes terres du Tibet dépassant 800 000 tonnes et à la production totale de céréales dépassant 1 million de tonnes, tout en assurant la sécurité alimentaire du Tibet. L'équipe dirigée par Nyima Tashi a sélectionné et approuvé un grand nombre de nouvelles variétés à haut rendement, de haute qualité et multi-résistantes telles que l'« Orge tibétaine 2000 » et le « Dongqing 18 », qui représentent plus de 50% de la superficie de plantation d'orge des hautes terres du Tibet depuis de longues années et a été promu 8,18 millions de mu sur le plateau Qinghai-Tibet. Leurs avantages sociaux et économiques ont atteint 2,7 milliards de yuans grâce à l'évaluation des performances. L'orge des hautes terres de mille ans a gagné une « nouvelle vie » sous son commandement, il est donc connu comme le « Docteur de l'orge tibétaine ». 

Nyima Tashi a déclaré dans une interview avec un journaliste de l'agence de presse Xinhua avant sa mort: « Ma ville natale a des terres pauvres et une faible production alimentaire. Quand j'étais enfant, je voulais bien faire pousser l'orge. » 

Nyima Tashi a déployé des efforts ardus pour améliorer le niveau scientifique et technologique de l'agriculture et de l'élevage du Tibet, et a apporté des contributions remarquables au développement de la science et de la technologie de l'agriculture et de l'élevage au Tibet. Du Jie, directeur du département de l'agriculture et des affaires rurales de la région autonome du Tibet, a déclaré: « Il a réalisé son souhait de son vivant en écrivant le papier sur le terrain et en laissant les résultats chez les agriculteurs et les bergers. » 

« Une graine » : semer l'esprit sur le plateau 

Avant sa mort, Nyima Tashi a souffert d'hépatite B et de diabète pendant de nombreuses années. Au cours des deux dernières années, son état s'est aggravé. Il prenait des médicaments chaque semaine et s'est injecté de l'insuline tous les jours. 

Lorsque son collègue Bao Shenghua l'a accompagné dans les champs d'essai pour une inspection, Nyima Tashi savait quelle variété était cultivée dans quel champ sans regarder l'étiquette. « En tant que doyen, il a passé plus de temps dans les champs que beaucoup de nos experts", a déclaré Bao Shenghua. 

Dans l'interview, les personnes interrogées ont surtout déclaré que Nyima Tashi était une personne sans prétention, « un aîné d'un maître strict et d'un père gentil » et « un ami honnête ». 

Zeng Xingquan, un docteur de 45 ans qui a rejoint l'équipe de recherche sur la sélection et la culture de l'orge du haut plateau de Nyima Tashi en 2010, a déclaré: « Sans les soins et l'affection spirituelle du doyen, j'aurais peut-être quitté mon emploi pour travailler dans une ville développée il y a longtemps. » 

« Il a demandé d'équiper les meilleures installations de logement et de bureau pour les nouveaux cadres de l'aide au Tibet pour faciliter leur travail », a déclaré Tashi, le vice-doyen de l'Académie des sciences agricoles qui travaille avec Nyima Tashi depuis plus de 20 ans. 

Après le décès de Nyima Tashi, cinq cadres de l'aide au Tibet sont venus à Lhassa de Beijing, du Liaoning et d'autres endroits à leurs propres frais pour rendre le dernier hommage. 

Lors de l'interview dans l'Académie des sciences agricoles de la région autonome du Tibet et voyant que sur le petit panneau sur la porte du bureau de Nyima Tashi lisait encore le mot « en déplacement », j'ai soudainement senti qu'aucun cadre et employé de l'académie ne croiraient son départ : il a juste fait un très long déplacement. 

 Les collègues n'oublieront pas le doyen, qui arrive au bureau une heure plus tôt toute l'année, qui boit plusieurs tasses de café par jour pour garder son énergie, dont la porte de bureau reste ouverte aux cadres à l'échelon local de base et aux chercheurs scientifiques, qui mène des recherches approfondies à l'échelon de base tout au long de l'année, qui organise les tâches à tout moment et qui aime et estime les talents.

(Rédactrice : Lucie ZHOU)