Nyima Tashi : le « Docteur de l'orge » profondément ancré dans les champs

Publié le 2020-11-12 à 16:15  |  China Tibet Online


En photo : Nyima Tashi vérifiant la croissance de l'orge dans un champ expérimental.

« Je l'ai vu pour la première fois en 2013. À en juger par son habillement, il n'avait pas l'air d'un paysan, mais lors des semis de printemps et des récoltes d'automne, il était plus ponctuel que les agriculteurs. Il venait toujours travailler dans les champs d'orge du village. » En parlant de Nyima Tashi, le doyen de l'Académie d'agriculture et d'élevage de la région autonome du Tibet, décédé de façon inattendue récemment, Karma Ngodrup, un villageois de Mengkarong, dans le canton de Drachi du district de Dranang, au Tibet, dit qu'il ne peut pas oublier ce « Docteur de l'orge », qui écrivait et dessinait souvent dans son cahier, accroupi pendant plusieurs heures dans les champs.

Il est rapporté que l'orge du haut plateau est la plus importante culture vivrière cultivée au Tibet. En 2020, la superficie de la plantation de l'orge atteindra 2 150 600 mu (143 373,33 hectares). Avant la libération pacifique du Tibet, le rendement moyen de l'orge du haut plateau par mu n'était que d'environ 100 kilogrammes. Dans les années 60, le rendement moyen par mu n'était que d'environ 200 kg. Nyima Tashi, né dans une famille paysanne ordinaire du district de Dranang en 1966, arpentait les rues et les ruelles en échangeant de la terre cuite contre des grains.

Porté par son souhait de réaliser une bonne récolte de l'orge, Nyima Tashi a été admis à l'Université agricole du Nord-Ouest de l'époque (maintenant appelée l'Université d'agriculture et de foresterie du Nord-Ouest). Pas à pas, il est devenu le premier docteur en agronomie tibétain au Tibet. Il a ensuite abandonné son emploi bien rémunéré au sein du Centre international de développement des montagnes du Népal et il a été invité à retourner en Chine pour soutenir le développement et la construction agricoles de la région.

Après plus de 30 ans, Nyima Tashi a présidé à la culture du « Zangqing 2000 » et d'autres nouvelles variétés d'orge adaptées aux différentes zones écologiques du plateau Qinghai-Tibet. Il a initié et piloté l'achèvement du séquençage du génome de l'orge tibétaine et il a dessiné la première carte détaillée de l'ensemble du génome de l'orge. Les résultats de ses recherches étaient au niveau des recherches avancées à l'international. Il était à l'avant-garde internationale dans le domaine de la technologie de sélection des nouvelles variétés d'orge du haut plateau de haute qualité.

Yu Dailin, un collègue et un camarade de classe universitaire de Nyima Tashi, dit que par rapport aux résultats obtenus dans la recherche théorique fondamentale sur l'orge du haut plateau, Nyima Tashi, qui était un expert de renommée internationale dans le domaine de l'orge du haut plateau, se préoccupait de savoir si les agriculteurs pouvaient augmenter leur production et leurs revenus grâce à l'orge du haut plateau.

« Il adorait aller à la campagne. » Les collègues de Nyima Tashi sont unanimes. On estime qu'il passait plus de 100 jours à la campagne chaque année. Loin à Ngari, ou près de Lhassa, il parcourait plus de 20 000 kilomètres chaque année. Même lors de ses voyages d'affaires dans d'autres régions de la Chine, Nyima Tashi profitait de ses temps libres d'attente à l'aéroport pour visiter les champs voisins, vérifier l'état des cultures, l'humidité du sol... S'il constatait des problèmes, il aidait les agriculteurs à les résoudre sur place.

« Quand il parlait aux agriculteurs de la quantité de pesticides à utiliser, Nyima Tashi n'utilisait pas des termes comme millilitres. Au lieu de cela, ils leur disaient simplement d'utiliser quelques couvercles de bouteilles. » Yu Dailin dit que Nyima Tashi enfonçait sa main dans le sol et la retirait ensuite pour expliquer aux agriculteurs l'arrosage en fonction de quelles jointures étaient sèches ou mouillées. Les agriculteurs comprenaient facilement ces indications. « Les agriculteurs de nombreux endroits reconnaissaient facilement le doyen Nyima, qui souriait toujours et affichait une petite moustache. »

Tsering Gonjo, un agriculteur du district de Bainang, dans la ville de Shigatsé, dit que tout le monde respectait Nyima Tashi, non pas en raison de sa position élevée, ni en raison des excellentes techniques du « Docteur de l'orge », mais parce qu'il ne laissait aucune distance apparente entre lui et les agriculteurs. « Il s'asseyait par terre et mangeait de la tsampa avec tout le monde. Il se souciait des récoltes, du bétail et des moutons du village. Si nous avions des problèmes et que nous voulions lui demander de l'aide, nous n'avions pas besoin de l'appeler, pas de prendre rendez-vous avec lui. Sa porte de son bureau était toujours ouverte. »

Le 30 août 2020, Nyima Tashi a de nouveau pris la tête de son équipe lors d'une visite à la campagne à Ngari, afin de participer à une nouvelle série d'enquêtes générales sur les ressources en matériel génétique des cultures au Tibet. Il est mort dans un accident de voiture sur une route du district de Rutog à Ngari, le 5 septembre. Sur une photo envoyée par lui à un collègue avant l'accident, c'est un champ d'orge sur le bord de la route.

(Rédactrice : Claire SHENG)