Alai : apporter la beauté littéraire aux lecteurs du monde entier

Publié le 2019-10-09 à 10:55  |  China Tibet Online

Lors du 26e Beijing International Book Fair (BIBF), M. Alai, poète et romancier chinois d'origine tibétaine, s'est présenté à une activité où il a échangé avec des sinologues d'une trentaine de pays.

Pour commencer, M. Alai s'est rapproché des sinologues présents par un mini-discours dans lequel il estime être un « traducteur » car au cours de ses trente ans de carrière en littérature, la traduction a constitué l'essentiel de son travail de création : des dialectes (tibétains) au tibétain (standard), du tibétain au mandarin (chinois standardisé), la création est dans un sens une interprétation de sens qui accompagne la conception.

Ses œuvres, dont Red Poppies, Empty Mountain, The Song of King Gesar, The Silversmith Beneath the Moonlight, sont traduits en une vingtaine langues (anglais, français, italien, japonais, russe…) pour une diffusion mondiale.

"J'ai reçu des réactions de lecteurs disant que dans mes œuvres, il y a des expressions qui ne sont pas courantes en mandarin, telles que "J'espère que la route devant vous est droite". C'est en fait une expression de vœux en tibétain. Le plateau tibétain est une région montagneuse, les routes sont rarement droites et souvent sinueuses tout au long des vallées. La vie est pareille, elle peut souvent connaître des périodes tumultueuses. Ainsi, dire "Que le chemin qui vous attend soit droit"  c'est en fait souhaiter que tout se passe bien dans la vie de votre interlocuteur."

Ladder of the Earth (2008), son œuvre la plus récente, est le travail le plus évoqué par les sinologues. Le roman se base sur le séisme de 2008 au Sichuan. L'histoire se déroule dans le village de Yunzhong, un village tibétain d'environ 300 habitants. Au moment du tremblement de terre, plus de 100 personnes ont été tuées et blessées. Après la catastrophe, avec l'aide du gouvernement, tous les survivants du village ont été déplacés dans un endroit sûr. Cependant, le prêtre du village a plus tard décidé de retourner dans leur village d'origine parce qu'il manquait les morts et qu'il voulait "s'occuper" des morts victimisés lors du séisme...

Pablo Rodríguez Durán, sinologue d'origine mexicaine qui traduit actuellement Ladder of the Earth (2008), cherche à savoir comment Alai comprend le concept d'âme. "Je ne sais pas si les âmes existent, même après la mort, mais je le souhaite."

Alai, qui a été témoin de toutes sortes de tragédies lors du tremblement de terre, réfléchit depuis à la façon d'affronter la mort. "Le tremblement de terre du Sichuan a été une occasion de réflexion pour nous tous, qui nous pousse à obtenir de nouvelles révélations sur la vie et la mort." Pour un tel sujet littéraire sérieux, Alai a réfléchi et brassé ses idées pendant plus de 10 ans avant de commencer à écrire.

À un sinologue indien, Limingze, qui se demandait pourquoi il devait attendre dix ans, Alai a expliqué : "Lorsque nous avons vu la mort à la fin du tremblement de terre, nous ne pouvions que penser au désespoir. Dans le processus de reconstruction post-catastrophe, il est très difficile de restaurer la confiance des personnes touchées. Si vous écrivez le premier jour après le tremblement de terre, vous n'écrirez que sur la simple tristesse et l'obscurité. Mais la littérature a besoin de beaucoup de temps pour réfléchir et brasser les idées. À l'occasion de ce dixième anniversaire, j'espère oublier la lourde catastrophe en écrivant sur elle. En fait, après avoir écrit, les souvenirs lourds sont encore là, mais moins ténébreux. »

Pour Alai, ceux qui sont engagés dans la création littéraire devraient chercher à laisser la lumière briller dans les ténèbres, à apporter l'espoir dans les moments difficiles, à s'accrocher aux plus grandes choses de la nature humaine. "Grâce aux traductions de mes chers amis sinologues, j'espère apporter cette beauté aux gens du monde entier", a-t-il déclaré.

(Rédactrice : Lucie ZHOU)