Papier tibétain : un artisanat millénaire « toxique » pour les locaux

Publié le 2019-06-13 à 10:23  |  China Tibet Online


Tsering Dorje, le père de Gesang, présente le papier sandwich pétale, un produit innovant fait de papier tibétain de sa coopérative.

Dans le district de Nimu, à Lhassa, le papier tibétain de Xuela est connu comme le leader du marché du papier tibétain pour son savoir-faire et sa qualité uniques. Ici, après des milliers d'années, la technologie de fabrication du papier par les artisans est toujours pleine de vivacité.

Le papier tibétain de Xuela utilise le Lang Du, une plante hautement toxique comme matière première. Ces papiers repoussent les insectes et les rats, et ne pourrissent pas. Aussi, ils ne changent pas de couleur, ne se déchirent pas facilement, ne se décomposent pas dans l'eau, et ne plissent pas.


Les racines des Lang Du fibreux après cuisson et élimination complète de leur épiderme dur.

Il faut 5 à 10 ans pour que le Lang Du repousse après la récolte, de sorte que la production locale de papier tibétain est faible et que le produit est rare. En tant que principale zone de production du papier tibétain de Xuela, le village de Xuela, situé dans le district de Nimu, abrite de nombreuses personnes dont le métier consiste à fabriquer du papier tibétain. Les Gesang en font partie.


Gesang montre le papier biblique, l'un des produits traditionnels faits de papier tibétain.

Gesang est un héritier du patrimoine immatériel de Lhassa, et son père, Tsering Dorje, est un héritier de la classe nationale. Avec l'appui du gouvernement, l'atelier de production de papier des Gesang a déménagé du village de Xuela au centre-ville. La famille y a créé une coopérative professionnelle pour la fabrication de papier tibétain de Xuela.

D'après Gesang, le papier tibétain de Xuela est non seulement le papier désigné pour les documents officiels de l'ancien gouvernement tibétain, mais aussi un papier spécial pour la restauration des vestiges culturels dans le Palais du Potala et le Bureau de gestion de l'enclave de Norbulingka.


Gesang (au milieu) et les membres de sa coopérative enlèvent l'épiderme et les impuretés des racines de Lang Du, la matière première du papier tibétain.

« Bien que ma famille ait gagné sa vie grâce à la fabrication du papier tibétain, par rapport à nous, l'industrie moderne a une production plus élevée et est capable de réaliser beaucoup plus de sortes de produits. Si nous dépendons toujours de la fabrication du papier pour vivre, alors notre revenu familial doit être fortement réduit ! » Les mots de Gesang révèlent la triste réalité du papetier. Il ajoute : « En raison du problème de subsistance, j'ai dû changer de métier et devenir menuisier ».

« Si les Lang Du que nous avons cuits ne sont pas vraiment toxiques, chaque fois quand je remonte la montagne pour les cueillir, ce n'est pas terrible », déclare le vieil homme. « Bien que j'ai été souvent en contact avec les Lang Du, la toxicité de l'herbe est encore et toujours irritante pour ma peau et mes yeux. Avoir la peau rouge et gonflée, et les yeux qui piquent est même très courant. »

En 1988, les Archives de la Région autonome du Tibet avaient besoin d'une grande quantité de papier tibétain pour la restauration des livres anciens. Le papier tibétain de Xuela fabriqué par Tsering Dorje répondait parfaitement à la demande. Depuis lors, le père de Gesang a signé un contrat de 18 ans avec les Archives pour la fourniture de papier tibétain.


Dans la salle d'exposition des produits de la coopérative, les membres présentent aux visiteurs les produits faits de papier tibétain.

La coopérative professionnelle de la famille de Gesang est établie depuis plus de 3 ans. « En plus de mon père et de mes petits frères, la coopérative abrite également 9 villageois locaux qui apprennent à fabriquer du papier, dont 6 sont issus de ménages pauvres », affirme Gesang.

Bien que l'échelle de la coopérative ne soit pas grande, Gesang en est satisfait : « L'industrie traditionnelle du papier dans mon district natal s'est rétrécie par le passé, et les compétences en fabrication du papier ont presque été perdues. Il n'y avait que mon père qui maîtrisait cette compétence. Maintenant, avec le soutien de la mairie, notre équipe d'artisans s'agrandit au fil des ans. »

Il convient de mentionner que les fonds spéciaux régionaux annuels pour la protection du patrimoine immatériel sont progressivement passés de 200 000 yuans (26 000 euros) en 2008 à 12 millions de yuans (1,6 million d'euros). La subvention pour les héritiers représentatifs de la région autonome est passée de 5 000 yuans (667 euros) par personne et par an à 10 000 yuans (1 333 euros) : elle est devenue une source importante de revenus pour les héritiers à tous les niveaux, en particulier pour les plus pauvres.

(Rédactrice : Claire SHENG)