La 18ème armée au Tibet apprend à manger du tsampa

Publié le 2019-05-15 à 11:37  |  China Tibet Online

[NDLR] Pour la réunification de la patrie et la libération du peuple, au début de la fondation de la République populaire de Chine, l'Armée populaire de Libération (APL) des régions militaires du Sud-Ouest et du Nord-Ouest a envoyé des troupes au Tibet depuis le Sichuan, le Qinghai, le Xinjiang et le Yunnan, conformément à la stratégie de Pékin. Cette mission a été principalement confiée à la 18ème armée.

 

Wang Gui, ancien officier de l'état-major de la Division des enquêtes du commandement de la 18ème armée, raconte l'histoire de l'entrée de la 18ème armée au Tibet.

« Après notre arrivée à Garzê, dans le Sichuan, nous avons vécu une vie difficile et inoubliable pendant un mois et demi. »  Pour Wang Gui, chaque détail de l'expérience qu'il a vécu à Garzê il y a de nombreuses années lui revient distinctement.

La construction de l'aéroport de Garzê en pleine pénurie de nourriture

Quand les troupes de Wang Gui sont arrivées à Garzê, les stocks de nourriture transportés par les hommes et les chevaux étaient presque vides. D'après Wang Gui, si les troupes avaient acheté sur place de grandes quantités de nourriture, cela aurait entraîné une flambée des prix locaux et aurait impacté directement la vie des Tibétains. Par conséquent, la nourriture pour les troupes était principalement transportée depuis l'intérieur du pays. Ainsi, plus de 3 000 personnes ont été confrontées à la menace de pénuries alimentaires lorsque la nourriture n'était pas expédiée.

 

La ville de Garzê dans les années 1950.

A cette fin, les commandants ont mobilisé les troupes pour s'atteler immédiatement à la construction de l'aéroport de Garzê, afin de créer les conditions pour le fret aérien de la nourriture. Wang Gui déclare : « Au moment de la pénurie, certaines troupes du 154ème régiment ont même chassé des rats pour se nourrir. Mais plus tard, quand les moines tibétains affirmaient que ces petites choses étaient des animaux totem, les troupes ont ordonné qu'aucune capture ne soit plus autorisée, en vue de respecter les croyances religieuses des compatriotes tibétains ».

 

Le chantier d'expansion de l'aéroport de Garzê.

Quand tout le monde s'inquiétait de ne pas avoir assez de nourriture, les caporaux de la 18ème armée ont pensé à une façon de faire face à la faim sur le chantier : manger deux repas par jour. Le matin, ils mettaient beaucoup de riz et peu de légumes sauvages dans une casserole pour en faire une bouillie très concentrée. L'après-midi, une fois le travail terminé, ils mettaient un peu de riz et beaucoup de légumes sauvages pour en faire un bouillon très fluide. « Le commandant de notre division a même raconté l'histoire de nos repas aux différents établissements », se vante Wang Gui.

 

Un avion arrive à l'aéroport.

Le 7 mai, après avoir survolé de grandes montagnes et traversé la zone réglementée des airs, des membres de l'Armée de l'Air ont effectué un largage aérien à Garzê. A ce moment-là, se rappelle Wang Gui, tout le monde se précipitait afin de ramasser les biscuits, le riz, la monnaie en argent, etc.

 

Les soldats collectent le matériel aéroporté.

Apprendre à manger du tsampa et vivre dans le style du plateau

Afin de pallier au manque de nourriture, la 18ème armée achetait sur place un lot de céréales et de beurre de yak par l'intermédiaire de la classe supérieure tibétaine dans la région de Garzê. De cette façon, la structure alimentaire des soldats s'est améliorée. Apprendre à manger du tsampa au beurre de yak est devenu un événement majeur dans la vie de l'armée, parce que sans tsampa au beurre de yak, on ne pouvait garantir la santé et la force physique adéquate des troupes.

Les soldats creusent un trou dans le sol et y mettent une toile de tente pour en faire un bassin en argile pour se laver.

« Au début, certains camarades avaient horreur de l'odeur du beurre de yak ». Au premier abord, sans savoir comment le manger, les gens faisaient du tsampa un potage fluide et y ajoutaient du beurre gâté. Certains se bouchaient le nez et voulaient vomir après en avoir mangé. Plus tard, ils ont appris que pour cuisiner le tsampa au beurre, les Tibétains font du thé en brique avec de l'eau bouillante, y ajoutent du sel, versent le thé salé dans un bol de tsampa et de beurre et mélangent le tout soigneusement, avant de le manger à la main. « Le tsampa avec du beurre frais est délicieux. » Les Tibétains boivent souvent du thé au beurre frais qui est également appétissant. Wang Gui affirme : « Le tsampa est une tuerie avec du beurre frais. Il peut remplir l'estomac et augmenter la tolérance au froid tout en aidant à éliminer le mal de l'altitude ».

 

En avril 1951, sur le chantier de l'aéroport de Garzê, les soldats montent des tentes d'hébergement et des maisons simples.

Wang Gui soupire en disant : « Nous qui faisons partie des personnes les plus âgées, nous avons la responsabilité de faire savoir tout ce que nous avons vécu. J'espère que la nouvelle génération songe à la source en buvant l'eau, apprend l'histoire dont elle devrait se souvenir, et chérit la vie durement acquise d'aujourd'hui ».

(Rédactrice : Claire SHENG)