Qimei Duoji: un messager héroïque sur la route Sichuan-Tibet

Publié le 2019-05-07 09:52  |  China Tibet Online

 

Dans la préfecture autonome tibétaine de Garzê (Sichuan), Qimei Duoji prend en charge le transport du courrier des régions intérieures de la Chine envoyé au Tibet. Depuis une trentaine d'années, il conduit son camion postal sur de grande distance afin de traverser des régions enneigées situées à plus de 3 500 mètres d'altitude au risque de sa vie. Voilà la raison de son surnom: un messager héroïque sur la route Sichuan-Tibet.

Réaliser un rêve d'enfance

Qimei Duoji est né en 1963. « Quand j'étais enfant, il y avait très peu de voitures sur le plateau. Dans ma ville natale, le premier journal a été transporté par un camion postal. L'avis d'admission du premier élève dans un lycée professionnel a été envoyé par un facteur. Si j’étais facteur, j'aurai l'air glorieux et supérieur! »

À 18 ans, Qimei Duoji a acheté un manuel sur la composition et la réparation des automobiles et l'a étudié lentement, sans s'attendre à savoir réparer une voiture avant d'apprendre à la conduire. Il en jouit d'une certaine réputation. « En 1989, j'ai obtenu mon permis de conduire, en même temps que le district de Dêgê a eu sa première voiture postale. Je suis donc allé postuler à la poste. Sans doute par mon renom dans la région, j'ai eu la chance d'être engagé. »

Il a été donc désigné pour rouler le seul camion postal du district sur la partie routière la plus risquée, à une hauteur de 2 500 à 5 000 mètres d'altitude. Il devait traverser la gorge du Mont Chola, la route la plus haute et la plus étroite du Sichuan (moins de 4 mètres de large pour la partie la plus étroite), et faire attention à ses pierres suspendues d'un côté de la route et à la falaise abrupte de l'autre.

Ne pas s'incliner devant les tribulations

La section de Garzê de l'autoroute Sichuan-Tibet rencontre souvent des blizzards et des coulées de boue. Les glissements de terrain par effondrement y sont également courants. De nombreuses sections ne sont donc accessibles qu'à sens unique, et le camion postal prend souvent la tête des processions de véhicules. Ce n’est qu’après le passage du camion postal que d'autres voitures osent traverser la route prudemment.

Les conditions routières dangereuses et le mauvais climat du plateau demandent donc un chauffeur aussi bon en conduite qu'en endurance psychologique. Très peu de personnes en sont vraiment capables.

Avant l'ouverture du Tunnel du Mont Chola en 2017, Qimei Duoji faisait de nombreux allers-retours sur cette route chaque mois, sans parler des routes fréquemment bloquées suite aux fortes chutes de neige en hiver. « Chaque fois que je passais ici, je devais vérifier la circulation à gauche et à droite », déclare-t-il. Lorsque le camion postal de plus de 10 tonnes passe par ici, accélérer, changer de vitesse et de direction c'est comme jouer avec le diable. »

Qimei Duoji a souvent l'impression que son premier passage par le Mont Chola date d'hier. « La route était étroite et je roulais beaucoup plus lentement que les autres. Les voitures derrière moi voulaient me dépasser et on me le faisait savoir par des coups de klaxon. Seulement il n'y avait pas d'endroits où les laisser passer, je devais donc m'arrêter dans des sections moins étroites. J'étais trop nerveux et très prudent, avec une vitesse qui ne dépassait pas les 10 kilomètres à l'heure. Quand je m'arrêtais, je trouvais que les roues du camion étaient devenues très chaudes. »

Les conditions routières extrêmes mettent donc à l'épreuve la sécurité du facteur. En septembre 2012, il a été victime d'un vol durant lequel il a été grièvement blessé par 17 coups de couteau qui ont notamment touché 4 de ses côtes et son crâne. Malgré cela, au bout d’un an de traitement et de rétablissement, il a demandé à reprendre son travail.

En 2011, son fils aîné, sur le point de se marier, a soudainement souffert d'un infarctus et est décédé. Ce coup dur a fait taire Qimei Duoji.

30 ans de persévérance

Pendant 30 ans, Qimei Duoji n'a pas mangé un seul repas dans son camion et n'a passé que 5 réveillons à la maison. A la naissance de ses deux enfants, il restait toujours à son poste...

« Au nouvel an, les gens sont rentrés chez eux pour retrouver leur famille et leurs enfants. Seuls les camions postaux roulaient encore. À ce moment-là, ma famille me manquait vraiment et je m'inquiétais beaucoup pour elle », a déclaré Qimei Duoji avec franchise et remords. « Pendant les Journées des enfants, la plupart des enfants sont accompagnés de leurs parents. Une fois, mon petit fils m'a demandé pourquoi ses amis ont des parents à leurs côtés alors que c'est rarement le cas pour lui. Quand votre enfant dit ce genre de chose, votre cœur est envahi de chagrin. C'est horrible. »

Pourtant, Qimei Duoji n'a jamais eu l'idée d'abandonner. « La compréhension et le soutien de ma famille sont certainement ma plus grande motivation. » Un grand sourire sur le visage, Qimei Duoji déclare que son fils cadet est désormais devenu son « chef ». « Il est devenu responsable de la régulation des camions postaux dans la région. Je le soutiens beaucoup dans son travail. »

Il s'est avéré qu'afin de rattraper son manque d'affections envers ses enfants, à la fin de chaque trajet, Qimei Duoji les emmenait sur son lieu de travail. Au fil du temps, son plus jeune fils, Zhaxi Zeweng, s'est intéressé à ce travail. Aujourd'hui, Zhaxi Zeweng a pris la charge de la régulation de la compagnie postale du district de Garzê. Ainsi, ces deux protagonistes sont devenus « soldats de père en fils » sur la route postale.

En 30 ans, il a parcouru une distance totale de plus d'1,4 millions de kilomètres, soit l'équivalent de 35 fois l'Équateur. Qui plus est, aucun accident ne s'est produit tout au long de sa carrière et tous les courriers et colis ont été livrés correctement.