Échanges avec un pigeon au monastère de Samye

Publié le 2018-07-23 à 09:53  |  China Tibet Online

Sur le mur sud de la grande salle de Wutsur au sein du monastère de Samye, se trouve une ancienne stèle sur laquelle figurent des inscriptions en tibétain racontant l’histoire de la construction du monastère. Ces inscriptions auraient été écrites par Trisong Detsen (37e roi tibétain) qui était étroitement lié à ce célèbre monastère. Trisong Detsen, le 1e roi Nyatri Tsenpo et le 33e roi Songtsen Gampo, appelés les ‘‘Trois Rois d’Ordre’,’ ont tous les trois contribué au développement du bouddhisme tibétain dans l’histoire du Tibet.

L’empire de Tubo à l’époque de Trisong Detsen a été marqué par un essor économique important et une prospérité matérielle jamais vue auparavant. A cet époque, le roi occupait le plus grand territoire jusqu’alors : en plus du plateau tibétain, de l’ouest du Sichuan, du nord-ouest du Yunnan, du centre d’Inde et d’une partie du Népal, la plupart des régions connues aujourd’hui sous les noms de Xinjiang, Gansu et Ningxia faisaient également partie son empire. C’est donc dans ce contexte que le bouddhisme tibétain a pu s’épanouir, ce qui lui a permis d’être la religion dominante dans la société tibétaine.

Les maîtres Padmasambhava et Shantarakshita ont assisté à la construction du monastère de Samye, dont le site a été choisi par Trisong Detsen en 763. En 779, à l’occasion de l’achèvement de la construction, le roi avait fait le déplacement depuis le palais du Potala pour inaugurer le monastère, ce qui a marqué le début de l’épanouissement du bouddhisme sur le plateau tibétain.

Le jour de l’inauguration était passablement serein et paisible : un ciel clair avec quelques nuages épars et un soleil éclatant, des forêts denses et des pelouses vertes. Après avoir vénéré Siddhartha Gautama, Trisong Detsen a aboli solennellement le Bön, l’ancienne religion locale, en présence de ses ministres dans la grande salle de Wutsur, et a proclamé le bouddhisme tibétain comme religion officielle de l’empire. Dans le même temps, le roi a confié aux maîtres Padmasambhava et Shantarakshita les 7 descendants aristocratiques qu’il avait soigneusement sélectionnés et il a fait de ces derniers les premiers moines tonsurés, apprenant le bouddhisme au sein du monastère de Samye. Les maîtres Padmasambhava et Shantarakshita sont, eux, restés aux côtés du roi, les yeux braqués sur le peuple du Tubo, comme s’ils savaient à ce moment-là, que le bouddhisme avait un bel avenir en perspective et qu’il jouirait de sa dominance sur le plateau tibétain.

Voilà ce qu’on a pu interpréter à partir des fresques dans la grande salle de Wutsur. Ces fresques imposantes décrivent chronologiquement le déroulement de tous les grands événements historiques du Tibet. Premièrement, on peut y retrouver un mythe très ancien, dans laquelle on peut voir le mariage de la princesse avec son éventail en fer et du singe mythique qui auraient donné naissance aux êtres-humains. Ensuite, on y voit la montée des tribus de Yarlung sur le plateau tibétain. Puis, c’est la vie quotidienne de Nyatri, premier roi du Tubo, la descente des ouvrages canoniques du bouddhisme au Tibet, l’unification du Tibet par Songtsen Gampo et la carte du tombeau d’un roi de Chosgyal. Aussi, on peut admirer les venues des princesses Tritsun du Népal et Wencheng de la dynastie des Tang, ou encore le chantier de construction du monastère de Jokhang. Après celà, ce sont les visites au Tibet de la princesse Jincheng de la dynastie des Tang et de Padmasambhava, la construction du monastère de Samye, des activités anti-bouddhiques de Langdarma et l’entrée au Tibet d’Atisha. A la fin de ces fresques, on peut observer la prospérité et la déclinaison des dynasties des Sakya, Karma et Phagmo Drupa, ainsi que la création de l'école de Gelugpa par Tsongkhapa.

Padmasambhava est l’un des plus grands maîtres bouddhistes de l’histoire. Dans la salle de pratiques bouddhistes située au premier étage de la grande salle de Wutsur, se trouve sa statue, reposant sur une fleur de lotus. Cette statue fut érigée au VIIIème siècle : un vajra dans la main, le maître a un regard vif et intelligent. Le maître lui-même avait qualifié la statue de ressemblante et l’a doté d’une puissance bouddhiste. Par ailleurs, le célèbre Bardo Thödol, un trésor spirituel caché par Padmasambhava à l’époque, est considéré comme étant capable de consoler l’âme par de nombreux philosophes et psychologues du monde entier. Selon des récits historiques, Padmasambhava est né sur une fleur de lotus en Inde, puis il s’est rendu au Tibet sur l’invitation de Trisong Detsen afin de faire rayonner le bouddhisme. Aux côtés de Shantarakshita, il a donné des leçons sur des ouvrages bouddhistes auprès de disciples tibétains, il a traduit des livres sacrés en tibétain et créé de nombreux instituts consacrés au bouddhisme. Il a également conçu deux formes de pratiques bouddhistes (au sein ou à l’extérieur d’un monastère), ce qui a permis d’établir les bases du bouddhisme tibétain et fait de lui l’un des fondateurs de cette religion. Padmasambhava est aussi à l’origine du courant nyingma.

Bien qu’ils ne parlent pas, tous les éléments sacrés du monastère de Samye, les instruments, les reliques, les thangkas ou encore les ouvrages, paraissent dotés de vie. Ils semblent observer chaque mouvement avec un regard souriant et perçant. Les croyants, les lamas (enseignants religieux du bouddhisme tibétain) et les touristes vénèrent Bouddha dans le monastère, en silence.

Aujourd’hui, les locaux vivent de la culture d’orge, de blé, de pois et de colza sur le peu de terres entourant le monastère. On y trouve aussi deux des trois plus anciens lieux de pèlerinage du Tibet, Chimpu et Yamalung, lieux saints les plus recherchés par les moines. De nombreux lamas habitent dans des grottes ou des chaumières, consommant très peu de nourriture et de thé au beurre, à la recherche de la vérité et accompagnés seulement du soleil, de la lune et des étoiles.

Le soleil se couche dans le silence. Seul vent agitant les drapeaux de prière peut être entendu. Le temps semble être suspendu ; un jeune lama, accroupi, tend les mains en échangeant avec un pigeon.  

(Rédactrice: Caroline)