Le Qinghai, une évolution remarquable : l'exemple de Tongren

Publié le 2019-05-15 à 14:33  |  French.china.org.cn

Par Lisa Carducci

Entre 1991 et 2008, j'avais – peu à peu – visité toute la Chine : certaines villes et des régions autonomes m'avaient accueillie plus de dix fois, en particulier le Yunnan, le Ningxia et le Zhejiang. L'immense province du Qinghai avait été la dernière. J'avais été déçue par le lac Qinghai, grand comme une mer, mais la faute était mienne : j'y étais allée à la mauvaise saison. Or, pendant que je rédigeais « Ces gens merveilleux du Guangxi » en 2008, une petite voix se fit entendre au fond de mon cœur : « Va à Tongrenxian. Tu dois aller à Tongrenxian ». J'y étais passée lors de ma visite précédente. Je tentais de chasser cette voix harcelante, mais elle revenait sans cesse. Ce devait être le début de ma mission d'aide aux enfants pauvres de cette province multiethnique, et de Tongren en particulier, un xian tibétain.

En 2008, il fallait 28 heures pour parvenir en train de Beijing à Xining, chef-lieu du Qinghai. Anciennement, Xining s'appelait Amdo, ou Tibet du Nord. La ville est située à une altitude moyenne de 2275 m. L'est de la province – partie la plus peuplée – est constitué d'un haut plateau de 2500 à 3000 m d'altitude, parsemé de montagnes dont les sommets atteignent 5000 m. C'est aussi dans cette province que se trouve la source du fleuve Jaune qui traverse tout le pays d'ouest en est pour se jeter dans la mer de Bohai, au Shandong.

Pendant cet interminable voyage, j'avais admiré ces montagnes de terre rouge, de lœss jaune, parsemées de jeunes arbres qui semblaient avoir été jetés là du haut du ciel. D'autres montagnes étaient couvertes d'une épaisse végétation que broutaient chèvres, moutons et yaks. On remarquait aussi des rochers immenses qui semblaient former des cathédrales naturelles (quelques photos, au choix). Des fils électriques découpaient ces paysages; en effet, l'électrification de la totalité du Qinghai était en phase d'achèvement; et c'est peut-être une chance qu'elle soit venue à une époque où l'on était conscient de l'importance du développement vert. On en a tenu compte dans tous les aspects du développement.

Photo d'un enfant Hui

La population du Qinghai, qui dépasse 5 millions de personnes, se compose d'un certain nombre de Han, concentrés à Xining et dans des préfectures autonomes. Le groupe tibétain, de culture bouddhiste, domine, suivi des Hui et des Salar, qui sont de culture musulmane, et de plusieurs autres groupes moins nombreux qui vivent dans plusieurs districts et préfectures autonomes.

De Xining, je m'étais donc rendue à Tongren dans un vieux bus qui semblait fait de parties métalliques assemblées à la main au moyen de colle à papier. La route n'en finissait pas de serpenter entre les montagnes, et ce, pendant 7 à 10 heures, suivant les conditions climatiques du jour, et parmi des paysages époustouflants : ânes sauvages sillonnant les montagnes; cultivateurs avec des outils désuets, voués aux rares légumes et céréales susceptibles de pousser à une telle altitude. Chaque fois que j'y suis retournée par la suite, le temps de voyage était réduit de quelques heures, suivant l'avancement de la percée de tunnels (sur 3340 m) qui permettent d'éviter les détours. Aujourd'hui, on arrive de l'aéroport de Xining à Tongren en deux heures de route exactement! Le chemin de fer s'arrête à Xining, car l'altitude moyenne de la province est de 3000 m, et 80% du territoire est occupé par des montagnes et des déserts.

Toutefois, ce sont les paysages religieux – lamaïstes ou bouddhistes tibétains – qui dominent visuellement. Des bannières et des peintures bouddhistes apparaissent à des endroits inimaginables, au bord du fleuve Jaune d'une pureté inimaginable. Ces dernières années, de plus en plus de mosquées sont apparues le long de l'autoroute Xining-Tongren.

Tongren est la plus importante concentration tibétaine de la province, avec ses 48 temples/monastères où vivent plus de 2000 lamas. S'y trouve aussi une mosquée autour de laquelle sont établies 600 familles Hui musulmanes.

La grande mosquée de Dongguan, qui date du XIVe siècle, est d'une grande beauté. Elle allie des éléments décoratifs de styles Han et tibétain à ses caractéristiques islamiques, cadeaux qui ont été offerts par les bouddhistes chinois et tibétains. Au cœur du quartier musulman et côtoyant le marché islamique, elle a subi quelques transformations en 1998 afin de s'adapter au développement urbain.

En 2008, la moitié des écoliers vivaient entre 20 et 60 km de l'école dans la montagne; ils étaient donc tous « pensionnaires », dans des conditions inimaginables, et les parents allaient les chercher en moto tous les 15 jours. Aujourd'hui, la fréquentation scolaire obligatoire de neuf ans est atteinte à 99%, et le mandarin est très répandu. On peut demander son chemin à n'importe qui dans la rue, en chinois, et recevoir une réponse. De plus, les gens sont très accueillants.

Je n'ai pas été la seule à apporter de l'aide aux enfants de Tongren, mais je suis fière d'avoir fait ma part quand je vois ce que ce comté est devenu aujourd'hui.

Les traditions tibétaines sont bien conservées; on le voit, par exemple, dans le port du costume traditionnel. La photo des enfants remonte à 2008, celle des adultes est de 2018. Les restaurants de cuisine tibétaine, les bannières de prière (petits drapeaux colorés), les passants qui déambulent chapelet à la main, et le nombre de temples tibétains de Tongren/Repkong ne laissent pas de doute : on est en pays tibétain. Les temples sont parfaitement entretenus. Les rues et les maisons sont propres. De nouveaux hôtels sont maintenant à même d'accueillir les touristes chinois et étrangers.

Tongren en chinois, c'est Repkong en tibétain. C'était un des endroits les plus pauvres du pays au moment de ma première visite, en 2003; quinze ans plus tard, je me suis crue dans un autre monde! Tout a été reconstruit : les maisons, les boutiques, les rues; on trouve des parcs, des hôtels confortables pour les touristes du pays et de l'étranger, des restaurants dignes de ce nom, des pâtisseries, et des pharmacies de médecine tibétaine, laquelle est aussi célèbre que la médecine chinoise.

Le tourisme se développe à Tongren, et l'on entend moins de gens (y compris des Chinois du pays) demander, quand on mentionne ce nom : « Tongren ? C'est où? ». Le centre-ville est déjà très bien développé, avec des rues commerçantes modernes, des magasins de tous genres, des services tels que des tailleurs et des coiffeurs, des trottoirs pavés, des rues élargies et bien entretenues, et des feux de circulation. De nouvelles écoles se sont ouvertes. La promenade au bord de l'eau et de coquettes places fleuries m'ont enchantée, de même qu'un magnifique Musée d'arts populaires tibétains que j'ai visité alors qu'il n'était pas encore achevé.

Il n'y a pas si longtemps, les étrangers devaient être munis d'une permission spéciale pour séjourner à Tongren.

Repkong est aussi le centre mondial de la confection de tankhas imprimés, peints ou brodés. J'ai remarqué au musée le même modèle que celui que l'on m'avait offert il y a quelques années, en reconnaissance de mon appui.

Le bleu du ciel sur cette photo n'est pas un trucage : c'est ce que j'appelle « le bleu tibétain ». On ne le voit que dans les régions de hautes montagnes, sans pollution aucune.

Par ailleurs, Tongren, pour son développement écologique, fait partie du patrimoine mondial depuis 2008. Un énorme monument a été érigé au centre de la place; il représente Dolma (en tibétain, et Dumu en chinois), une figure importante du bouddhisme tibétain.

J'ai peine à croire que l'aisance et la modernité aient atteint cet endroit. Déclaré « sorti de la pauvreté » en 2010, Tongrenxian sera incessamment promu au rang de « cité », Tongrenshi.

(Rédactrice : Lucie ZHOU)