Expert espagnol: interdiction de Huawei en Europe, le « piège américain »

Publié le 2020-07-23 à 17:11  |  French.china.org.cn

Dans une analyse intitulée « Huawei et le mantra de la sécurité » et publiée lundi dernier, Xulio Ríos, le directeur de l'Observatoire espagnol de la politique chinoise, estime que l'Europe doit résister à la pression américaine visant à isoler la Chine et rester indépendante dans sa prise de décision face à de soi-disant questions de sécurité : « Les Etats-Unis veulent inclure l'Europe dans leur stratégie antichinoise car ils veulent que personne ne menace son hégémonie, mais l'Union européenne doit garder à l'esprit que la Chine n'est pas une menace pour sa sécurité », explique-t-il. 

Selon lui, une interdiction de Huawei engendrerait une augmentation de la dépendance des pays européens face à la technologie américaine, dénonçant un « piège américain ». 

L'utilisation répétée de la « sécurité nationale » pour discréditer Huawei ressemble à une bonne histoire et « il semble qu'avec chaque technologie dans laquelle la Chine excelle, il y aura un problème de cette nature », fait-il remarquer. « Toutefois, il n'y a pas de preuve, seulement des suspicions, même si [les Etats-Unis] s'efforcent d'en trouver », souligne-t-il. 

D'après lui, la vérité derrière la pression des Etats-Unis sur ses alliés pour bloquer Huawei est que « la technologie de Huawei est hautement concurrentielle et place la Chine en tête du marché », menaçant la domination de Washington dans ces domaines. 

« Les antécédents des Etats-Unis en matière de répression de toute entreprise étrangère qui conteste leur suprématie technologique montre la force de leur pression, mais il s'agit là d'une politique commerciale, pas de problèmes sécuritaires », ajoute-t-il, comparant l'interdiction de Huawei à l'acquisition de l'entreprise française Alstom. 

En avril 2013, Frédéric Pierucci, un ancien dirigeant de filiale chez Alstom, a été arrêté à New-York par les autorités américaines pour son rôle présumé dans une affaire de corruption impliquant Alstom en Indonésie en 2003-2004. Un an plus tard, Alstom a dû payer une amende colossale de 772 millions de dollars US (665 millions d'euros), ce qui a entraîné l'acquisition partielle de l'entreprise française par la General Electric, un conglomérat technologique basé aux Etats-Unis et son principal rival, bloquant ainsi une fusion potentielle entre Alstom et la Shanghai Electric Company. 

Xulio Ríos considère que les Etats-Unis ont utilisé une stratégie similaire contre Huawei en arrêtant sa directrice financière Meng Wanzhou au Canada : « En rachetant Alstom, les Etats-Unis ont pris le contrôle de la maintenance de toutes les centrales nucléaires françaises... et pratiquement personne n'a rien dit... » 

L'expert appelle l'Union européenne à maintenir son « autonomie stratégique » pour garantir l'indépendance de ses décisions malgré la pression des Etats-Unis, notamment après l'annonce la semaine dernière par la Grande-Bretagne d'une exclusion de Huawei dans le déploiement de la 5G sur son territoire. 

« La décision de Londres aura de larges implications dans ses relations avec Beijing. Il ne s'agit pas seulement des millions de livres sterling en coûts supplémentaires et du retard dans le lancement de son réseau 5G, mais du préjudice sur la confiance mutuelle entre les deux parties. […] La coopération économique de l'Europe avec la Chine est aussi vitale que la distanciation transatlantique et c'est le seul moyen pour elle de se renforcer si elle aspire à éviter le déclin. […] La Chine a réalisé des investissements considérables et développé des politiques audacieuses, qui ont contribué de façon significative à ses progrès dans la recherche et développement technologique que nous observons aujourd'hui », explique-t-il. 

« La sécurité nationale est une priorité pour chacun, mais il n'existe aucune preuve soutenant une interdiction des équipements Huawei », souligne l'analyste, notant l'interconnexion existant entre les entreprises technologiques et les marchés européens et chinois, comme les opérations de Nokia et Ericsson en Chine ou encore les laboratoires de cybersécurité de Huawei en Europe. 

Pour conclure, Xulio Ríos précise que « Vaincre symboliquement Huawei reviendrait à vaincre la Chine, mais cela entraînerait également la soumission, une fois de plus, de l'Europe ». 

(Rédactrice : Lucie ZHOU)