L'abolition du servage féodal est un choix de l’histoire (Partie I)

Publié le 2019-04-12 à 16:03  |  China Tibet Online

Les serfs émancipés jubilent au Manoir de Lajiali (1959). ©Lan Zhigui

Cette année marque le 60e anniversaire de la réforme démocratique au Tibet. Les réformes démocratiques soixante ans plus tôt ont complètement aboli le servage féodal qui avait duré des centaines d'années au Tibet. Des millions de serfs ont ainsi été libérés.

Le servage féodal et théocratique tibétain est né au XIIe siècle et a atteint son apogée au XVIIe siècle. Avant les réformes démocratiques, tous les pouvoirs et intérêts au Tibet étaient entièrement contrôlés par les responsables gouvernementaux, les nobles et les lamas de haut rang (les trois principaux propriétaires fonciers dans l'ancien Tibet). Le peuple n'avait presque aucun droit politique, aucun statut économique et aucune liberté humaine.

Les « Treize Codes » et les « Seize Codes » formulés par les trois principaux propriétaires fonciers étaient leurs outils majeurs pour sauvegarder leurs intérêts, maintenir une hiérarchie sociale stricte, opprimer la majorité des serfs et bafouer les droits humains. Ces codes divisent les personnes en 3 niveaux de 3 catégories : supérieur, moyen et inférieur (9 catégories au total). Ces catégories  indiquent que les forgeurs d’or, d'argent et de fer, les bouchers, les mendiants, ainsi que les femmes sont les personnes dont le statut social est le plus bas.

Relevez fièrement la tête : les serfs brûlent les contrats qui les exploitent (1959). ©Chen Zonglie

Parmi ces classes sociales intouchables, il était impossible pour les inférieurs de monter de rang dans la société. De plus, les intérêts des trois principaux propriétaires fonciers sont sacrés et inviolables selon les codes. Les serfs violant les intérêts des trois principaux propriétaires fonciers pouvaient se voir arracher les yeux, briser les jambes, couper la langue, tailler les mains, jeter d’une falaise, jeter à l'eau, ou tout simplement tuer.

La classe dirigeante locale au Tibet, avec sa possession et son monopole des terres, des pâturages et autres moyens de production, avait établi une relation de dépendance avec les serfs et leur avait imposé l'exploitation forcée et l'esclavage. A cette époque, les serfs faisaient circuler une chanson : « Même si la montagne enneigée devient le beurre, elle est possédée par les propriétaires fonciers; quant bien même du lait coulerait dans les rivières, nous ne pouvons pas en boire ».

Des « prisonniers » menottés mendient dans la rue (1956). ©Chen Zonglie

Selon les statistiques avant les réformes démocratiques, les quelque 220 000 hectares de terre que procèdait le Tibet étaient ainsi répartis : 38,9 % pour les responsables gouvernementaux, 36,8 % pour les monastères et les moines supérieurs, 24 % pour les nobles, et les 0,3 % restants pour des paysans des zones reculées. La plupart des pâturages était contrôlés par les propriétaires. En outre, cette relation de dépendance était fortement protégée par le servage féodal et théocratique. Selon le Kashag (l’administration centrale tibétaine à l’époque), les serfs ne pouvaient être attachés qu'au manoir de leur propriétaire, et ils n'étaient  pas autorisés à sortir sans permission. Le propriétaire traitait également les serfs comme une propriété privée et les utilisait arbitrairement dans des échanges commerciaux ou comme des jetons de jeux de hasard.

La classe dirigeante locale exerçait également un contrôle spirituel strict sur la société par le biais de la religion, et manipulait l'esprit des serfs avec l'illusoire « monde de la félicité » et le « bonheur de la vie prochaine ». Toute idéologie contredisant les intérêts ou les pensées des trois principaux propriétaires fonciers était considérée comme une hérésie. Par exemple, le célèbre érudit tibétain Gendun Choephel qui a révélé la corruption des moines et préconisé la réforme du bouddhisme tibétain, a été emprisonné et persécuté à mort par le Kashag.

(Rédactrice : Claire SHENG)