Les leçons profondes des négociations commerciales (experts)

Publié le 2019-04-04 à 11:31  |  French.china.org.cn

A la même époque l’année dernière, la Chine et les Etats-Unis s’apprêtaient à entrer dans ce qui est devenu une année de guerre commerciale, après l’annonce par les Etats-Unis de la mise en place de droits de douane sur 50 milliards de dollars (44,5 milliards d’euros) supplémentaires de produits chinois.

Alors que le vice-Premier ministre chinois, Liu He, s’est rendu à Washington pour un nouveau cycle de négociations commerciales avec les officiels américains, les deux parties semblent plus proches que jamais de parvenir à un accord.

Même si certaines incertitudes subsistent, cette bataille et ces négociations commerciales ont apporté quelques leçons profondes aux Etats-Unis et au reste du monde : personne ne sort gagnant d’une guerre commerciale. Plus encore, les Etats-Unis doivent réaliser que la Chine, avec sa puissance économique considérable et sa volonté politique, est « capable de » et « résolue à » défendre ses intérêts légitimes, soulignent les experts chinois.

« Les faits ont prouvé que l’approche d’intimidation des Etats-Unis ne fonctionnera pas avec la Chine. Les Etats-Unis parviennent peut-être ainsi à la soumission de certains de leurs partenaires commerciaux, mais avec la Chine, ils ont fait l’objet de mesures de représailles et les frais de leur tactique d’intimidation », explique Bai Ming, le directeur adjoint de l’Institut de recherche sur le marché international de l’Académie chinoise de commerce international et de coopération économique.

Selon lui, il s’agit de la raison principale pour laquelle les Etats-Unis sont prêts à s’asseoir à la table des négociations et à tenter de parvenir ainsi à un accord avec la Chine.

La Chine a montré sa détermination et sa capacité à faire pression sur les Etats-Unis, ajoute Bai Ming : « Par exemple, l’action prise par la Chine à l’encontre du Boeing 737-8, qui se base sur des préoccupations sécuritaires, a mené la communauté internationale à exprimer ses inquiétudes et à faire pression sur une entreprise américaine majeure. »

La Chine a été le premier pays à clouer au sol sa flotte entière de 737-8 et 737-Max8, après que le même modèle de cet avion se soit écrasé par deux fois en cinq mois, faisant à chaque fois des centaines de victimes.

Il est peu vraisemblable que l’accord final contienne des points qui n’aient pas encore été discutés. De l’achat de plus de produits américains à un meilleur accès au marché chinois, en passant par le renforcement de la protection pour les technologies et la propriété intellectuelle des entreprises américaines, tous ces points ont été traités par la Chine.

Les officiels chinois et américains ont organisé huit cycles de négociations de haut niveau, ainsi que de nombreuses discussions entre des officiels de rang inférieur.

« Ce que les Etats-Unis pourraient avoir appris de cette année de conflit, c’est que l’utilisation d’une approche unilatéraliste pour négocier avec la Chine ne peut qu’engendrer une situation perdant-perdant. Un résultat satisfaisant pour les deux parties ne pourra être atteint à la table des négociations, qu’en se basant sur l’équité et le respect mutuel », affirme Diao Daming, un expert en études américaines à l’Université Renmin de Chine.

Même si les discussions ont été principalement positives depuis que le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump sont parvenus à une trêve au mois de décembre dernier, celles-ci sont toutefois devenues plus complexes et plus exigeantes. La partie américaine a ainsi adopté ce que les analystes décrivent comme étant une « tactique du chantage », caractérisée par une pression et des menaces constantes.

Lors du premier cycle de négociations commerciales à Beijing en mai 2018, les officiels américains ont par exemple transmis une longue liste d’exigences à leurs homologues chinois, incluant la réduction de l’excédent commercial chinois de 100 milliards de dollars par an et le changement des politiques industrielles de la Chine. Il va sans dire que cela n’a abouti à rien et que ces demandes ont été rejetées.

Puis, il y a eu les revirements de la part des Etats-Unis. A la fin du mois de mai 2018, après des discussions à Washington, les deux pays avaient publié une déclaration conjointe stipulant la baisse de l’excédent commercial chinois, afin d’éviter aux deux parties une guerre commerciale. Quelques jours seulement après cette annonce, les Etats-Unis étaient revenus sur leur décision et avaient maintenu la mise en place des droits de douane.

En-dehors de l’équité et du respect mutuel, la crédibilité est également extrêmement cruciale, souligne Bai Ming : « Bien entendu, la Chine veut parvenir à un résultat positif pour mettre fin à ce conflit, mais si les deux parties ne trouvent pas d’accord ou si les Etats-Unis prennent de nouvelles mesures après les négociations, la Chine est prête. Le pays ne signera pas d’accord sans avoir un plan alternatif. »

Les Etats-Unis pourraient également voir que leur déficit commercial avec la Chine n’a pas diminué pour autant, note Bai Ming : « La Chine a remarqué qu’elle pouvait trouver des substituts aux produits américains en Europe et en Amérique latine, mais les Etats-Unis pourraient se rendre compte que les substituts aux produits chinois sont difficiles à trouver. C’est la raison pour laquelle de nombreuses entreprises américaines ont augmenté autant que possible leurs importations depuis la Chine avant que les droits de douane américains ne prennent effet. »

Les Etats-Unis ont également tenté d’augmenter la pression sur la Chine par d’autres moyens. Depuis le début de la guerre commerciale, le pays a ciblé les entreprises chinoises de télécommunications, comme ZTE et Huawei. Néanmoins, le programme de Huawei dans le domaine de la 5G continue de progresser dans de nombreux pays, y compris certains alliés des Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont aussi lancé une campagne mondiale de dénigrement à l’encontre des entreprises et des investissements chinois, allant même jusqu’à qualifier les investissements chinois en Afrique de « néocolonialisme » et de « diplomatie de la dette ».

Toutefois, la coopération de la Chine avec les pays africains et l’initiative des nouvelles Routes de la soie n’ont pas recensé de défi majeur. De plus, des membres de l’Union européenne comme l’Italie ont signé un accord d’entente sur les nouvelles Routes de la soie avec la Chine ; la France souhaite coopérer avec la Chine sur des marchés tiers comme l’Afrique ; et l’Allemagne garde une attitude ouverte sur l’initiative chinoise, ayant exprimé sa volonté de participer au 2e Forum des nouvelles Routes de la soie pour la coopération internationale, qui aura lieu au mois d’avril.http://www.globaltimes.cn/special-coverage/Belt and Road Initiative News Desk.html

Plus de confiance

La pression américaine, associée à une pression économique à la baisse, a provoqué de nombreuses inquiétudes sur le futur de l’économie chinoise, y compris de la part d’intellectuels et de citoyens chinois. Certains ont même prédit une possible récession de l’économie chinoise.

Après une année, il est pourtant clair que l’économie chinoise continue de faire preuve d’une résilience formidable face à ce que les officiels qualifient de défis externes et internes « sans précédent ». Malgré une pression constante à la baisse, l’économie chinoise a enregistré une croissance de 6,7 % en 2018 et continue de faire partie des croissances les plus rapides au monde.

Le taux de change de la devise chinoise, qui a subi quelques turbulences l’année dernière, reste également stable par rapport aux devises d’autres économies émergentes.

Pour Bai Ming, « la Chine a prouvé qu’elle avait une capacité fiable de résistance à la pression, lui permettant de maintenir son économie stable malgré la pression de la plus grande économie mondiale ».

Ce que la Chine et le peuple chinois pourraient avoir appris de cette année de conflit avec les Etats-Unis, c’est que « les accomplissements de la Chine depuis la réforme et l’ouverture sont remarquables, mais les défis à venir ne peuvent qu’être plus difficiles que par le passé », note Diao Daming.

La Chine doit rester confiante, être prête et poursuivre ses efforts d’ouverture et d’approfondissement de la réforme, si elle veut surmonter ces défis, souligne-t-il : « Ce que la Chine fait n’a pas pour objectif de satisfaire certains pays, mais de servir les intérêts de son peuple et de son développement. »

(Rédactrice : Lucie ZHOU)