Mongolie intérieure: le renouveau de Kubuqi, un modèle pour la renaissance du désert

Publié le 2018-08-07 à 10:49  |  China.org.cn

La randonnée à dos de chameau est devenue une activité populaire chez les touristes dans le désert de Kubuqi, dans la région autonome de Mongolie intérieure (nord de la Chine). (Photo / China Daily)

 

L'expérience et l'innovation dans le nord de la Chine du Nord contribuent à résoudre un problème mondial, la désertification. Ordos, dans la région autonome de Mongolie intérieure, en est un exemple.

Urgendalai était en train de creuser des trous dans le désert, la sueur dégoulinant de son front et se regroupant dans son bas du dos. Ses bras musclés bougeaient sans cesse, traversant le sol dur et laissant ses pieds et ses chevilles couverts de sable.

Le sable du désert manquait de vie, mais Urgendalai mit quelques jeunes arbres dans les trous et les arrosa. « Ils sont faibles et fragiles, mais la pluie viendra et ils devraient survivre. Maintenant, la vie a une chance dans le Kubuqi », commenta-t-il.

Après plus de trois décennies d'efforts et d'innovations, le processus de désertification s'est inversé dans environ un tiers du désert du Kubuqi, le septième plus grand de Chine, qui s’étend sur 18 600 kilomètres carrés, dans la région autonome de Mongolie intérieure (nord de la Chine).

Bien que des siècles de pâturage aient dénudé la quasi-totalité de la végétation et que la population locale de plus de 100 000 personnes soit isolée, la récente transformation des dunes stériles en oasis luxuriantes offre une solution à la désertification que connaît le monde.

La Chine compte environ 2,6 millions de kilomètres carrés de déserts et 1,7 million de kilomètres carrés de terres désertifiées (des sols qui deviennent progressivement plus arides), ce qui signifie que le pays est l’un des plus gravement touchés au monde. Au total, selon les statistiques fournies l’année dernière par l’Administration nationale des forêts, ces zones représentent environ 10% du total mondial.

À la fin du 20e siècle, les déserts de la Chine se développaient à un rythme annuel combiné de 10 400 km2. Les statistiques montrent qu’aujourd'hui, ils diminuent à un rythme de 2 424 km2 par an, alors que les déserts et les zones désertifiées du monde entier augmentent de 70 000 km2 par an.

« Les déserts ne doivent pas être considérés comme un problème, mais comme une opportunité de changement. Prendre soin du désert et le rendre plus vert peut sortir les gens de la pauvreté, assurer la prospérité et aider à développer des zones », affirme ainsi Wang Yujie, directeur adjoint de la Société nationale de l’industrie du désert et de la lutte contre la désertification de Chine.

Le Kubuqi est le désert le plus proche de Beijing, dont il n’est distant que de 800 kilomètres seulement, et il était autrefois une source majeure de tempêtes de sable entraînées par le vent dans la région Beijing-Tianjin-Hebei.

Les agriculteurs et les bergers du désert étaient alors victimes de violentes tempêtes de sable, qui provoquaient de graves pénuries d’eau et d’électricité, entraînant de mauvaises infrastructures et un manque de routes. Les populations locales ne pouvaient cultiver que quelques plantes rustiques capables de survivre dans un sol sableux, ce qui faisait que leur vie était difficile et marquée par la pauvreté.

En 1986, quand Urgendalai avait 18 ans, la terre était trop infertile pour être cultivée ou utilisée pour le pâturage, avec pour conséquence que les gens vinrent en nombre pour y chercher de la réglisse sauvage et la vendre. Mais cette pratique a épuisé des terres déjà stériles et la perte des systèmes racinaires a entraîné un manque d’intégrité des sols. Avec pour résultat que le désert s'est étendu et a éteint tout espoir de gagner sa vie grâce à l'agriculture.

« J'ai vu des chameaux mourir de faim et des bovins et des moutons s’affaisser parce qu'ils avaient soif. J'étais terrifié par la cruauté du désert et j'avais honte de ce que nous avions fait chez nous », a-t-il déclaré.

L'oasis dans le désert attire les grues qui viennent s’y reposer. (Photo / China Daily)

 

Des priorités nouvelles

Dans les années 1990, le gouvernement d'Ordos a mis l'accent sur le développement des cultures végétales pour lutter contre la dégradation de l'environnement, stimuler les moyens de subsistance et protéger les habitations, parallèlement à des efforts de développement de technologies de lutte contre la désertification.

En 1997, le gouvernement a décidé de construire une autoroute de 115 km de long dans le désert pour permettre un transport plus pratique de l'eau et d'autres ressources, ainsi que la construction d'un réseau électrique. Cette initiative a permis aux habitants locaux de planter en masse des arbres, du gazon et des herbes.

Elion Resources Group, autrefois producteur et raffineur de sel, mais désormais une société de technologie et de finance verte, a rejoint le programme de construction pour assurer sa propre survie. À l'époque, le sel qu'il produisait devait être transféré jusqu’à la gare la plus proche via un itinéraire indirect de 350 km, car il n'y avait pas de route dans le désert. La distance n'était pourtant que de 65 km à vol d'oiseau.

« Des tempêtes de sable fréquentes ont englouti une route que nous avions construite ensuite, ce qui signifie que tous nos efforts ont été vains. Il est alors devenu évident que le désert devait être apprivoisé, mais que cela ne serait possible que si la communauté locale était impliquée », a dit Wang Wenbiao, président d'Elion.

Au début, la société payait environ 30 yuans (3,80 euros) par jour aux agriculteurs locaux pour planter des arbres dans le désert. Cependant, la population locale n'avait aucun intérêt financier dans la survie des plantes et la plupart des jeunes arbres sont morts. Mais lorsque Elion a commencé à offrir des bonus pour les arbres qui tenaient la distance, le taux de survie a augmenté.

Gao Maohu, un agriculteur de 58 ans de Hangjinqi, avait l'habitude de se rendre dans les villes voisines pour y travailler temporairement parce qu'il était incapable de produire suffisamment de cultures sur ses 1,3 hectare de sol salin-alcalin pour nourrir sa famille. En 2000, lorsqu'il a appris qu'il pouvait gagner de l'argent en plantant des jeunes plants dans sa ville natale, il a rejoint l'équipe de culture des arbres d'Elion sans la moindre hésitation.

« Je n’aurais pas pu trouver un meilleur travail. Je gagne un bon salaire et je n’ai pas besoin de quitter ma famille. J'ai essayé toutes les méthodes pour garder les jeunes plants en vie, et il y a eu d'innombrables essais et erreurs tout au long », a-t-il dit.

La construction de la première route à traverser le désert a duré deux ans. (Photo / China Daily)

Avec l’aide des experts techniques d’Elion, Gao Maohu a mis au point une méthode d’utilisation de jets d’eau à haute pression pour creuser des trous dans le sable, réduisant ainsi le temps de plantation à environ 10 secondes par arbre et augmentant le taux de survie à plus de 80%. Aujourd’hui, ses terres sont luxuriantes avec des arbres et des arbustes résistants à la sécheresse.

Pour fournir de multiples façons de rendre le désert vert, fertile et rentable, les agriculteurs sont également encouragés à cultiver de la réglisse, car elle peut résister à la sécheresse et au froid nocturne du désert. De plus, ses racines aident à maintenir le sol en place et le rendent fertile, ce qui permet de cultiver des cultures telles que les pastèques et les tomates. De plus, après quatre ans, les racines peuvent aussi être récoltées et vendues en grandes quantités comme ingrédient important des médicaments traditionnels chinois.

« La réglisse est encouragée à croître horizontalement plutôt que verticalement, comme dans d'autres endroits. Ainsi, elle peut rapidement couvrir un mètre carré de terrain, augmentant de 10 fois l'efficacité écologique. Jusqu'à présent, la superficie plantée de réglisse dans le Kubuqi a atteint 1 466 km2 », a déclaré Zhang Bo, directeur général adjoint d'Elion Ecological Health Co, une filiale d'Elion.

Des progrès technologiques

La technologie moderne a également été utilisée pour apprivoiser et exploiter le Kubuqi, qui reçoit plus de 3 000 heures d'ensoleillement chaque année, ce qui en fait un lieu idéal pour installer des centrales solaires.

Des générateurs photovoltaïques ont ainsi été installés pour produire de l'électricité, tandis que l'herbe cultivée dans les espaces ombragés sous les panneaux solaires sert à nourrir le bétail, comme les moutons, les oies et les poulets.

Selon un rapport publié l’année dernière par le Programme des Nations Unies pour l’environnement, plus de 6 250 kilomètres carrés du Kubuqi ont été récupérés au cours des 30 dernières années, tandis que 14,5 millions de tonnes de carbone ont été retirées de l’atmosphère. Le niveau des précipitations a grimpé à 456 mm en 2016, contre environ 100 mm en 1988, et le nombre annuel de tempêtes de sable est passé de 50 à une seule au cours de la même période.

Dans les années 1980, les chameaux étaient la seule forme de transport pour les gens dans le Kubuqi. (Photo / China Daily)

Les statistiques fournies par le gouvernement local montrent que le revenu net annuel par habitant des 100 000 agriculteurs et éleveurs locaux a atteint 14 000 yuans (1 771 euros) en 2016.

En tant que secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping a présenté un rapport au 19e Congrès national du PCC en octobre, dans lequel il s'est engagé à mettre en place un système de gouvernance environnementale dans lequel le gouvernement assumera la direction, tandis que les entreprises assumeront les principales responsabilités et que les organisations sociales et le public participeront.

Tu Zhifang, ingénieur en chef du Bureau national de lutte contre la désertification, a pour sa part déclaré : « Dans la lutte contre la désertification, nous avons non seulement besoin que le gouvernement ait la vision de réglementer le marché, mais nous avons également besoin du secteur privé pour apporter des idées novatrices et créer des emplois. Plus important encore, il nous faut aussi la participation active des gens. Nous avons ces trois facteurs dans le Kubuqi, c'est pourquoi il est en train de devenir une oasis ».

Ces dernières années, le désert d'Ulanbuh en Mongolie intérieure, le désert de Taklamakan dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, le désert de Tengger dans la province du Gansu, les régions alpines froides de la région autonome du Tibet et les régions désertiques du Qinghai et du Hebei ont tous suivi la voie du Kubuqi, ce qui a contribué de manière significative à l’éco-restauration et à la réduction de la pauvreté.

Les enseignements tirés des efforts fructueux déployés à Kubuqi, en particulier ceux liés à l’éco-restauration et au développement des éco-économies, offrent des solutions au problème dans le monde entier.

Selon Ao Baoping, directeur général d'Elion Ecological Health, les experts de la société se sont rendus dans plusieurs pays africains l'an dernier, notamment en Ethiopie, au Ghana et en Algérie, et dans des pays du Moyen-Orient, dont l'Arabie Saoudite, qui connaissent tous une grave désertification.

 

Des oiseaux nagent dans un lac du désert à Kubuqi. (Photo / China Daily)

« Nous avons adapté le modèle de Kubuqi -l'expérience acquise et les technologies que nous avons développées au fil des décennies de lutte contre la désertification- aux conditions locales pour élaborer un plan qui prendra réellement effet dans le Kubuqi », a-t-il déclaré.

« Notre équipe de lutte contre la désertification a également créé un centre pour former des experts du monde entier et expliquer comment fonctionnent les méthodes de contrôle les plus efficaces dans le Kubuqi. Nous voulons offrir tout ce que nous pouvons pour aider à créer une planète plus verte ».

Urgendalai, âgé de 50 ans et père de cinq enfants, affirme qu’il ne cessera de planter des arbres que quand il ne pourra plus tenir une pelle.

« Je sais que le désert peut faire mal et je ne le laisserai jamais blesser mes enfants », a-t-il conclu.

 (Rédactrice: Caroline)