Les Hongkongais ont besoin d'une « vision politique pragmatique »

Publié le 2019-10-10 à 15:23  |  China.org.cn


Lau Siu-kai, vice-président de l'Association chinoise des études de Hong Kong et de Macao, lors d'une interview exclusive avec le Global Times.

Des mois de manifestations et d'émeutes antigouvernementales ont montré que certains Hongkongais entretenaient un malentendu à l'égard du principe « un pays, deux systèmes » et il est temps d'établir une vision politique pragmatique pour que le gouvernement central fixe la ligne rouge à ne pas dépasser, a déclaré le conseiller d'un think tank hongkongais de premier plan.

Après que le gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong (RAS de HK) ait adopté la loi anti-masque vendredi, invoquant des pouvoirs d'urgence, des émeutes extrêmement violentes ont éclaté ce week-end. Carrie Lam, cheffe exécutive du gouvernement de la RAS de HK, a dit mardi qu'il faudrait du temps pour que la loi puisse entrer pleinement en vigueur et qu'elle fait l'objet d'un processus de suivi. Lau Siu-kai, vice-président de l'Association chinoise des études de Hong Kong et de Macao, a noté qu'une telle loi est destinée à montrer que le gouvernement a défini les émeutes d'une nouvelle manière.

« Le bureau de Mme Lam a tenté de résoudre les problèmes en dialoguant avec les manifestants. Mais apparemment, l'approche modeste ne fonctionnera pas », a affirmé M. Lau au Global Times dans une interview exclusive. En tant que conseiller de haut rang sur les affaires de Hong Kong, il a remarqué que la nouvelle loi est un signe que le gouvernement combattra les émeutiers jusqu'à la fin. « Si les actes de violence ne cessent pas, le gouvernement pourrait proposer des mesures plus strictes en matière d'application de la loi et de mesures légales en invoquant des pouvoirs d'urgence », a déclaré M. Lau.

Au cours du week-end dernier, les émeutiers ont adopté une stratégie de guérilla, attaquant des gens ordinaires de divers districts, détruisant plus de 200 magasins et installations publiques, dont 40 stations de métro, une centaine de magasins et de banques ainsi que les bureaux de législateurs, selon des données officielles.

L'efficacité de la nouvelle loi a également permis d'accélérer la transition au sein de l'opinion publique, et il est à croire que les groupes d'opposition le savent, selon M. Lau. Si les forces antigouvernementales avaient cessé de propager les troubles quand le gouvernement avait suspendu le projet de loi sur l'extradition il y a quelques mois, elles auraient déclaré victoire et auraient continué ainsi jusqu'aux élections du conseil de district, a-t-il noté. « Mais ils ont été gourmands, persuadés que le mouvement de cette année, soutenu par les forces occidentales, pourrait les aider à gagner plus que le mouvement de 2014 », a-t-il ajouté.

Les émeutes ont également provoqué une scission parmi les manifestants. Certains, défendant des moyens pacifiques, rationnels et non violents d'exprimer leurs points de vue, pensent que la situation est allée trop loin car les émeutiers s'attaquent maintenant à la population hongkongaise.

« Lorsque la Boîte de Pandore de la violence est ouverte, il est difficile de contrôler la situation. Les jeunes manifestants portant des masques et des casques ont commencé à s'enivrer du pouvoir et du contrôle », a estimé M. Lau, soulignant que des personnes rationnelles les voyaient se diriger dans la mauvaise direction.

Le mouvement politique conduira à trois résultats principaux: d'abord, de moins en moins et moins de gens y adhèreront, et la classe moyenne modérée et pragmatique va progressivement se désolidariser; ensuite, la violence va devenir plus intense pour attirer l'attention du public; enfin, les émeutiers seront plus jeunes, car la rébellion et l'idéalisme des étudiants peuvent être facilement exploités. « Ces trois résultats sont en train de se produire et je pense que la violence peut être apaisée, mais les combats entre le gouvernement et les groupes d'opposition se poursuivra encore et toujours » selon M. Lau.

Plus important encore, il est clair que les affaires de Hong Kong sont entrées dans la confrontation géopolitique entre les Etats-Unis et la Chine. Si les forces antichinoises devaient générer plus de problèmes pour le pays, Hong Kong serait le lieu idéal pour juguler Beijing, a noté M. Lau.

« Ce que Beijing veut, c'est que les Hongkongais deviennent plus matures politiquement après ces émeutes et qu'ils sachent ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire », a déclaré M. Lau, ajoutant que si le gouvernement central était intervenu au début et avait géré la situation différemment, la ville n'aurait pas pris conscience de la crise et n'aurait eu aucune idée de la façon de traiter les relations entre la partie continentale et Hong Kong.

« Certains n'ont pas compris que le principe "un pays, deux systèmes" est conçu pour les intérêts de Hong Kong et de la nation », a remarqué M. Lau. Beijing respecte les systèmes politiques et judiciaires de la ville et son propre mode de vie. En retour, Hong Kong est responsable de la sauvegarde de la souveraineté et de la sécurité de la partie continentale. Si la ville représente une menace pour la sécurité nationale ou est utilisée par des forces étrangères pour se confronter à la partie continentale, Beijing doit intervenir et veillera à la sauvegarde de la souveraineté nationale, a déclaré le conseiller.

« Certains Hongkongais n'ont pas développé une telle perspective politique pragmatique. Si la ville devient une menace pour la sécurité de la partie continentale il est fort probable que le gouvernement central introduise davantage d'instruments juridiques », a déclaré M. Lau. « Par exemple, en introduisant une Loi sur la sécurité nationale ou en prenant des dispositions légales spéciales pour Hong Kong, comme la Loi anti-sécessionniste pour l'île de Taïwan », a-t-il averti.

Si les groupes d'opposition continuent à vouloir dépasser la ligne rouge de la partie continentale, les réformes politiques seront plus improbables, car le suffrage universel pourrait amener les groupes d'opposition à prendre le pouvoir, rendant l'avenir de la ville encore plus incertain, a estimé M. Lau. « Certains pourraient chercher à coopérer avec des forces étrangères pour faire face à la partie continentale dans une situation aussi incertaine, et Beijing ne prendra pas de tels risques pour faire avancer la réforme politique », a-t-il déclaré.

(Rédactrice : Claire SHENG)